La fête du cinéma à Nantes

MOP Nantes | Timothée Franc | Moppé le 12/06/2012 à 15:00 | Mis à jour le 15/06/2012 à 12:40
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Du Dimanche 24 au Mercredi 27 Juin, les Nantais comme tous les Français auront l'occasion de profiter du septième art à des prix exceptionnels: pour une place achetée au prix normal (tarifs réduits habituels compris), un petit bracelet vous sera remis, qui vous permettra par la suite d'avoir accès à tous les films pour seulement 2,50€ par séance.

La fête du cinéma à Nantes


L'origine de la fête du cinéma, un symbole de l'exception française

La 28ème édition de la fête du cinéma est le symbole d'une initiative apparemment réussie et pérenne. En raison de la grave baisse des fréquentations frappant les salles françaises au début des années 80, le ministre de la Culture de l'époque, Jack Lang, décide de lancer la première fête du cinéma le 14 Juin 1985. Pour éclipser les premiers bains de soleil et rameuter les tongs dans les salles obscures, une seule solution: la baisse drastique des prix. En 1985, les salles étaient accessibles durant la fête pour 1 Franc seulement. Succès inévitable, la fête qui se déroulait à sa naissance sur une seule journée passe à 3 jours dès 1993, afin de faire disparaître ces interminables files d'attente. L'événement devient alors mondialement unique en son genre.

Un succès désormais moins évident

Depuis 1985 et le projet lancé par le Ministère de la Culture, les fréquentations des salles françaises de cinéma ont considérablement augmenté et l'intérêt ressuscité du peuple pour le septième art a permis de larges rénovations dans ce secteur. Toutefois, certaines évolutions restent à surveiller. De 1 Franc la place de cinéma nous sommes passé à 10 Francs, puis à 2 euros... Ainsi, depuis 1999 et le succès écrasant de Matrix (4,3 millions d'entrées lors de la fête du cinéma), les fréquentations n'ont cessé de s'écrouler, à la maigre exception de 2004, où la sortie de Shrek 2 avait porté à lui tout seul l'événement sur ses épaules. Nous sommes par la suite passés à la semaine entière, avec des places à 3 euros la séance. Désormais, retour à une sorte de compromis entre 3 jours ou la semaine, avec un événement de 4 jours pour des places à 2,50 euros. La formule gagnante?

Les films?

Pour les enfants ou les rires familiaux, Madagascar 3 ou L'âge de glace 4 devraient vous satisfaire!
Les groupies de Twilight, vous aurez le plaisir de retrouver votre charmant vampire Robert Pattinson à l'affiche d'un tout autre film, Bel-Ami, ainsi que sa protégée, Kristen Stewart, dans le rôle de Blanche-Neige.
Pour rire, rendez-vous dans les salles où The Dictator ou bien 21 Jump Street seront projetés!
Enfin, Street Danse 2 est là pour les fans Nantais d'improvisations et de battles endiablées.

Insatisfait par la programmation? Vous pouvez vous constituer votre propre menu parmi plein d'autres films sur le site officiel de la fête du cinéma.

Régalez-vous!

N-B: les films 3D seront susceptibles d'être majorés.

Interview avec Caroline Grimault, directrice du Katorza, cinéma Art et Essai à Nantes:

Pour un cinéma comme le Katorza, que représente la fête du cinéma?

La fête du cinéma est l'occasion de donner plus de films à voir aux spectateurs et aussi d'ouvrir un autre public vers des films moins médiatisés, vers lesquels ils n'iraient pas sans les réductions. On peut clairement assister à une concentration des fréquentations, ce qui marque un temps fort dans l'été du cinéma. «Plus on va au cinéma, plus on va au cinéma», le septième art répond aux économies d'offre, je crois.

Une telle opération est-elle avantageuse pour vous? Le volume des entrées compense -t- il la baisse des prix?

Je n'en ai aucune idée, mais puisque l'offre est clairement limitée dans le temps (ndlr 4 jours), son impact est très faible sur le reste de l'année, avec plus de 5000 entrants par semaine.

Êtes-vous aidés par la ville de Nantes? Par la Fédération Nationale des Cinémas Français? Par la BNP?

La FNCF n'apporte qu'une aide logistique, elle fournit bande-annonces, flyers, affiches, mais elle ne soutient pas les cinémas financièrement. Tout comme la BNP, elle participe à l'organisation de l'événement en créant des jeux-concours lors des 4 jours, mais elle n'est pas là pour soutenir les opérations tarifaires. Nous ne recevons aucune subvention de la part de la Mairie de Nantes également pour cet événement. C'est une décision de la FNCF, puis c'est à nous de l'appliquer.

Le prix moyen d'un billet de cinéma en France est de 6,30€, qu'est-ce que cette somme vous inspire?

Il ne s'agit que d'un prix moyen. Chez nous au Katorza, vous pouvez obtenir une carte d'abonnement pour 17€ ou 8,50€ (si vous êtes étudiant ou si vous êtes déjà abonnés chez l'un de nos cinq partenaires, le LU, le Théâtre Universitaire, le Grand T, l'Opéra de Nantes et le Pannonica) qui vous donnera accès à toutes les séances pour 5,20€ pendant toute l'année.

Chaque cinéma est-il libre de fixer ses propres prix? Les prix plus faibles ne sont-ils pas la marque des cinémas d'art et d'essai?

Chaque cinéma est libre de fixer les prix qu'il souhaite. Toutefois, les prix pratiqués doivent correspondre avec la politique du cinéma en question. Au Katorza, notre but est vraiment de montrer le cinéma dans toute sa diversité. Beaucoup de films d'horizons différents, des prix plus faibles. Nous ne considérons pas que le cinéma est un produit. Auparavant, les Nantais pouvaient trouver la VO uniquement dans notre cinéma...

Vous restez donc libre dans la programmation lors de la fête du cinéma?

Tout à fait, et c'est une bonne opportunité pour continuer à «parler de tout le cinéma». Le film d'Alexandr Sokurov, Faust, qui réinterprète de manière originale la célèbre pièce de Goethe, n'a rien à voir avec l'humour présent dans notre prochain film de Woody Allen. Et puis il y a des films plus inédits, comme la rediffusion du film Jules et Jim de Truffaut, qui date de 1961.

Les Français vont certes beaucoup au cinéma, mais la plupart préfèrent le «cinéma-produit» que vous évoquiez, n'est-ce pas difficile pour les cinémas d'Art et d'Essais comme le vôtre?

Oui, les Français vont beaucoup au cinéma, il s'agit de la première pratique culturelle en France. Même si les cinémas qui diffusent des films plus médiatisés s'en sortent mieux, je crois qu'il ne faut pas désespérer. Les yaourts industriels se vendent par milliers chaque jour, mais cela n'empêche que les ventes des yaourts bios sont en progression! Malheureusement, mais cela est compréhensible, le divertissement prime souvent sur le vrai cinéma, le cinéma en tant qu'art, mais on peut parvenir à réunir les deux, avec le film Moonrise Kingdom, par exemple, divertissant et techniquement intéressant à la fois.

Une telle démarche est-elle soutenue le long de l'année par la ville de Nantes?

Pas directement, si on nous aide, les autres viendraient demander la même chose! En revanche, grâce à une politique publique, la taxe sur l'audiovisuel (TSA) prend 11% du prix du ticket payé par le consommateur et va être récolté par le Centre National du Cinéma et de l'image animée (CNC). La TSA permet alors de moderniser les cinémas français et de financer des aides sélectives pour les plus petits cinémas aux projets originaux. Seul le Cinématographe, qui ne pourrait pas survivre sans subventions, est aidé par la Mairie de Nantes.

Nantes est-elle une ville cinéphile?

Je travaillais avant pour des petits collectifs dans le Nord-Pas-De-Calais, à Dunkerque. Je peux vous assurer qu'il y a une énorme différence avec l'affluence nantaise...

Dans quel sens?

Les fréquentations à Nantes sont clairement plus importantes! Cela doit se voir au nombre de cinémas par habitant, entre le Gaumont, le Cinématographe, le Bonne-Garde, le Concorde et nous, la ville baigne dans une belle concentration de cinémas de qualité!

Source : Timothée Franc, Première, Télérama, Fête du Cinéma 2012, Fédération Nationale des Cinémas Français

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