Festival des 3 Continents : critiques de films

MOP Nantes | Léa Jagut ; Côme Tessier ; Emilie Mondher | Moppé le 21/11/2012 à 16:37 | Mis à jour le 27/11/2012 à 12:08
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Pendant toute cette semaine de voyage filmographique, les élèves du M2 d'Info Com de la Fac de Nantes, nous proposent des critiques de certains films du festival des 3 Continents. La plupart des réalisateurs sont peu connus du grand public. Ces différents éclairages vous permettront de mieux choisir vos futurs séances dans les salles obscures des cinémas nantais.

Festival des 3 Continents : critiques de films


Election 1 et Election 2, de Johnnie To : IL FAUT TOUJOURS CHOISIR

Pays : Chine
 
Année : 2005 et 2006
 
Durée : 101’

Lok et Jimmy poursuivent avec ténacité la même illusion : celle d’accéder un jour à la liberté du pouvoir absolu. Dans la mafia chinoise comme dans les cercles politiques, celui qui s’impose avec force et stratégie s’assure de la victoire mais ne reste jamais bien longtemps à l’abri. À travers le diptyque Election, Johnnie To nous peint avec minutie l’ascension tumultueuse de deux candidats teigneux à la tête d’une triade hongkongaise.
 
Avec le premier volet, Johnnie To plante le décor de sa fable mafieuse : un ballet de faux-semblants où les favoris se tirent dans les pattes pour accéder au statut de chef d’orchestre. Premier acte longuet, dans lequel il révèle le fonctionnement ancestral et les rouages d’une fraternité qui obéit aux lois du marché actuel. Drogue, prostitution, pornographie et grands travaux sont désormais les jouets avec lesquels les truands occupent leur temps. « Dominer le business », relève de l’extase semble-t-il… À voir, puisque l’argent n’est qu’un prétexte. Il y a toujours plus gros requin que soi et c’est bien cela qui les gêne.
 
« Préfères-tu l’or à tes frères ? », c’est ce que l’on entend à plusieurs reprises dans Election 1 car dans la triade, la fidélité surpasse tout. Mais cachez un sceptre à tête de dragon et ces gangsters se manipulent sans vergogne. Pour être respecté, rien de tel que de mettre à terre ses adversaires ou de renflouer leur porte-monnaie. Mais encore faut-il vouloir être chef et savoir ce que l’on désire le plus.
 
Avec Election 2, Johnnie To choisit les éclats de violences mais n’offre pas d’attirail meurtrier dernier cri à ses gangsters. Les coups de feu sont donc mis de côté pour laisser place aux coups de griffes. Résultat, une ribambelle de joyeuses séances de torture, traitées crûment mais sans exagération. Lorsque petits voyous et gros bonnets jouent aux démocrates, cela se termine bien souvent par un triste choix : finir en chair à saucisse dans un chenil ou en petit caillou dans l’océan.
 
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Théatre 1 et 2 de Kazuhiro Soda : LIGNE D’OZIRA

Fiche technique :
Pays : Japon
Durée : 343 min
Diffusion : Le dimanche 25 novembre à 10h00 (entracte de 13h00 à 14h00) au Katorza


 
Dans sa série de documentaires d’observation, Kazuhiro Soda, après un passage en politique et en hôpital, s’intéresse à un sujet plus léger : le théâtre contemporain. Il y dessine le portrait impressionniste d’Oriza Hirata, metteur en scène singulier.
 
« Si la création est vraiment nouvelle, personne ne l’apprécie. Personne ne comprend même ce qu’il y a de nouveau. Si votre travail est compréhensible instantanément, cela signifie qu’il a déjà été fait. Il n’est pas neuf », exprime Oriza Hirata. Le metteur en scène japonais est radical dans ses propos paradoxaux, sa conception du théâtre ou son mode de travail. Il fait appel à un esprit de devoir, à une exigence impossible d’être à la fois neuf et incompréhensible.
 
Kazuhiro Soda peint Hirata par petits coups de pinceau. Ni voix off, ni introduction, ni conclusion : le spectateur est placé d’emblée en situation. Il est Hirata, il est ses yeux, se déplaçant en caméra subjective. À moins qu’il n’observe Hirata de l’extérieur, dans son quotidien. Une série de saynètes et de petites anecdotes reconstruit une histoire, nous mettant face au tableau de la création en marche…
 
Le documentariste insiste sur les infimes changements qui feront de la pièce une illusion réussie. Les acteurs placent leurs répliques avec une précision d’horloger, tandis qu’Hirata a les yeux rivés sur son script. Quand il corrige ses acteurs, la mécanique est en marche, lancinante, les poussant à insister sur un mot, une réplique. Mis dans la situation des acteurs, le spectateur subit Oriza Hirata et son travail de longue haleine, et qui mène chacun à un état post-robotique.
 
Côme Tessier
 
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The World : Des corps en métaphore

Film de : Jia Zhang-ke
Pays : Chine
Année : 2004
Durée : 133



The world est une création sur la danse où, paradoxalement, la danse est peu présente. Le film est un ballet en lui-même, une chorégraphie autour des relations amoureuses et de la difficulté de vivre.

Tao vit à Pékin avec son petit ami Teisheng. Elle travaille pour une compagnie de danse qui se produit dans un site touristique très fréquenté, au milieu de miniatures des plus grandes merveilles du monde. Ce monde, Tao le connaît trop bien ; elle en est prisonnière.

Tao questionne, Tao crie, Tao s'énerve, Tao hurle. Vêtue d'une somptueuse tenue de scène, elle traverse les loges à grandes enjambées. Son talon la fait souffrir, elle entre en piste dans quelques minutes et n'a pas de pansement. Qui pourra l'aider ? La scène d'ouverture résume à elle seule les lignes directrices de ce film. La danse, le sexe et les coups portés sont les trois thèmes qui permettent à Jia Zhang Ke, le réalisateur, de traiter du rapport à la chair.

Danse des corps  :

Les corps sont réifiés. Les mains entrelacées apparaissent régulièrement, allégories de scènes d'amour, jamais montrées. Les corps sont en tension : la grâce et l'élégance obligent les danseuses à tenir de délicats ports de tête.

La minceur des actrices est celle des plus grandes ballerines aux silhouettes longilignes et très menues. Le dos nervuré d'Anna, fidèle amie de Tao, est un paysage d'os saillants. Tao elle-même n'est que souffrance. Son talon écorché la fait boiter, mais elle n'en parle pas. Elle se tient le dos. La danse domine les esprits. Elle permet de réaliser ce qu'on n'imaginerait pas faire. Ainsi, lors d'une représentation, Tao porte une robe de mariée tandis que sa relation avec Teisheng est des plus tumultueuses.

Emilie Mondher

La suite est à lire sur Preview.

I.D de Kamal K.M : SANS I.D.

Fiche technique:
Pays : Inde
Année : 2012
Durée : 90’
Diffusion : le lundi 26 novembre, à 16H au Katorza
 


Le passeport, la carte de crédit, le téléphone portable révèlent notre identité. Le héros du film de Kamal K.M, peintre en bâtiment à Mumbai, ne possède rien de tout cela. Un homme sans pièce d’identité parmi des milliers d’autres.
 
Une jeune fille, Charu, loue un appartement avec des amis à Mumbai, Bombay pour les Français. Elle cherche du travail dans le marketing et mène une vie active. Mais dans sa routine intervient quelque chose d’inattendu. L’ouvrier, qui venait de peindre le mur de son appartement, perd connaissance. Charu va alors surmonter une série d’épreuves pour connaître l’identité de cet homme. Comment, dans le tourbillon du quotidien, aider une personne tout à fait inconnue, sur laquelle on ne possède aucune information ? La jeune fille cherchera, seule, l’issue à cette situation. Charu s’accroche à toutes les pistes, véritables bouts de ficelles, mais cela ne mène nulle part. Toutes ses émotions, elle les gardera en elle, débutant ainsi un processus intime. Petit à petit, sa façon de penser va évoluer. La recherche de l’Identity Document (I.D.) du peintre lui permettra de découvrir un autre monde. Elle fera le trajet du centre-ville vers les bidonvilles. Devant le spectateur apparaissent alors les images contrastées de la vie de Mumbai. Le centre, la périphérie, la police, l’hôpital, les chauffeurs de taxi, les gardiens de sécurité : Kamal K.M. peint une réalité effrayante, avec une recherche proche du documentaire.
 
Le réalisateur ne raconte pas seulement l’histoire d’un ouvrier sans identité. Par ce récit, concernant un seul homme, il évoque la vie de milliers de personnes qui viennent à Mumbai. Kamal K.M. décrit le problème des travailleurs migrants, dont l’identité est souvent impossible à déterminer. Ils arrivent à la mégalopole pour gagner de l’argent, mais délaissent leurs racines et se séparent de ce qui les définit vraiment. À la fin du film, le spectateur découvre les visages inconnus des habitants de Mumbai. Des milliers d’étrangers qui vont, vivent et se déplacent. Chacun d’eux cache l’histoire de sa vie passée. Personne ne saura jamais qui ils sont. Sans I.D., les hommes sont invisibles.
 
Oksana Chirkashina
 
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Source : Preview

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