Passage Pommeraye : l'histoire méconnue des Nantais

MOP Nantes | Malik Teffahi-Richard | Moppé le 10/08/2012 à 17:00 | Mis à jour le 16/08/2012 à 12:14
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Le passage Pommeraye n'est, pour les nantais pressés, plus qu'un simple raccourci, qu'une simple pause dans le brouhaha de la ville. Mais peu connaissent l'histoire assez noire de ce beau lieu nantais, et du mystérieux n°3 de la rue du Puits d'Argent.

Passage Pommeraye : l'histoire méconnue des Nantais



    La photo ci-dessus est prise depuis la rue du Puits d'Argent, passage obligé pour les piétons nantais du début 19ème, avant la construction du passage Pommeraye, et notamment pour les hommes d'affaires, courtiers et agents de change faisant le trajet Place de la Bourse-Place Graslin ou inversement. Plus précisément, il s'agit du n°3 de cette rue. Que s'y trouvait-il alors ? Une « maison publique », tenue par une femme qu'on surnommait « dame Hervé ».

    D'après un rapport de police du 11 avril 1849, la rue du puits d'Argent était « le théâtre continuel de désordres tous plus scandaleux les uns que les autres. […] Hier encore la rue du puits d'Argent a été occupée pendant plus d'une heure par des femmes de cette maison qui y ont causé le scandale le plus violent. Des pierres ont été lancées sur des passants qui, heureusement, n'en ont pas été atteints. La surveillance exercée par les agents de ville est impuissante à réprimer ce désordre. Les nombreuses condamnations prononcées contre ces femmes ne les corrigent pas. ». En fait tout ce quartier vit alors dans la misère et la vétusté.

    Puis vient Louis Pommeraye, jeune notaire ambitieux qui écrit au maire de Nantes  le 15 juin 1840 pour défendre son projet. Les arguments ? Embellir, assainir, détourner à tout prix la prostitution : « il s'agit de rendre commerçant un quartier ignoré, n'ayant d'issues que par des cours malsaines, mal habitées et qui va se trouver transformé en un bazar composé de riches magasins, galeries, escaliers etc... »

    Le passage se construit de 1843 à 1848, sculpteurs et architectes de renommée parisienne mettent le cœur à l'ouvrage. Avec 9 mètres de dénivelé, c'est un passage unique en Europe, qui rivalise de splendeur avec les passages parisiens.  L'opération est un franc succès et le grand bazar a bien lieu : marchands de rubans, de curiosités, et de farces à attrape occupent le passage. La magie s'empare de la noirceur et de la misère passée.

    Après d'importants déboires financiers liés aux soubresauts de l'Histoire de 1848, la société Pommeraye s'effondre, le passage est racheté et le nouveau propriétaire fait percer la galerie latérale entre le niveau intermédiaire et la rue du Puits d’Argent : c'est la fin du n°3 de la rue du Puits d'Argent, mais les nantais, comme hantés, continuent d'alimenter les fantasmes les plus noirs.

    Dans les années 1960, une rumeur assure que de belles jeunes femmes disparaissent des cabines d'essayage des magasins de mode pour terminer dans les mystérieuses caves du passage Pommeraye... Puis, dans un autre registre, citons également le réalisateur Jacques Demy qui y tourna la fameuse trilogie Lola, nourrisant l'imaginaire nantais à propos de ce passage mythique.

    En décembre 1976, le passage Pommeraye est classé monument historique et il fait l'objet depuis d'une restauration attentive, la ville dépensant pas moins de 400 000 euros par mois pour le maintenir en l'état.

    Au mois de septembre prochain, d'importants travaux de rénovation du Passage Pommeraye devraient débuter jusqu'à fin 2014 : la réinstallation de candélabres, rappelant cette époque où le passage était éclairé au gaz, fait partie du programme. Mais surtout, une nouvelle percée est prévue dans le passage pour déboucher... rue Santeuil, à l'opposé de la rue du Puits d'Argent. Une toute nouvelle galerie 2.0, moderne et couverte, accueillera des boutiques de mode dans la continuité du passage Pommeraye.

    Encore aujourd'hui, certains Nantais surnomment affectueusement la rue du Puits d'Argent « rue de la pisse », en raison de ces effluves nocturnes peu gracieuses. Restera-t-elle à jamais la grande damnée, oubliée de l'Histoire nantaise ?

Source : Malik Teffahi-Richard / divers livres sur l'Histoire de Nantes

Commentaires

Le 23/08 à 19:31 : Intéressante recherche sur ce passage mythique de Nantes, que personnellement je préfère descendre plutôt que monter, même quand les autruches tentent de me faire monter les marches quatre à quatre.

Le 13/08 à 10:08 : Pardon mais j'ai du mal à voir le rapport entre les autruches et le Passage Pommeraye de Nantes ???

Le 10/08 à 20:30 : Las ratites (Ratitae) son un clado de aves paleognatas originado en Gondwana hace más de 90 millones de años. La mayoría tiene un gran tamaño, plumas con aspecto de pelo, alas pequeñas en relación al cuerpo, cuellos largos, patas largas y robustas, y caderas anchas. Son incapaces de volar, ya que su esternón carece de quilla. Una excepción son los tinamúes suramericanos (Tinamiformes). La especie más conocida es el avestruz.