Les Rendez-Vous de l’Erdre à Nantes

MOP Nantes | Timothée Franc | Moppé le 28/08/2012 à 10:30 | Mis à jour le 05/09/2012 à 16:17
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Un vent de swing se lève sur l’Erdre en cette fin de mois d’Août : du 30 Août au 2 Septembre, la plaisance et le jazz font bon ménage et donnent aux Nantais l’occasion de faire la java en plein air. Interview exclusive du directeur des opérations, Loïc Breteau. MENU DU VENDREDI 31 AOÛT, PAR-ICI LA BONNE SOUPE!

Les Rendez-Vous de l’Erdre à Nantes


4 jours, 5 villes riveraines (Nantes, Nort-sur-Erdre, Sucé-sur-Erdre, la Chapelle-sur-Erdre et Carquefou), 16 scènes, 28 kilomètres de voies navigables et 150 bateaux, le festival des Rendez-Vous de l’Erdre attire chaque année quelque 150 000 spectateurs d’horizons divers, des férus de jazz aux oreilles novices, des collectionneurs de vinyles aux plus jeunes amateurs, le tout pour une subtile brasse à deux temps: générationnelle et musicale. C’est aussi pourquoi ce rassemblement ne peut se résumer en une litanie de chiffres impressionnants, il se cache en effet, derrière l’odeur fluviale et le souffle de la trompette, une histoire bien particulière.

Au 20ème siècle, Nantes figure parmi les plus grandes villes françaises de plaisance, la Loire et ses affluents confèrent à la ville une agréable renommée, paisible et source d’Art. L’Erdre devient alors un lieu de loisirs et de guinguettes, où la fête embrasse la musique. Les années soixante-dix haussent d’un ton et la ville se voit investie par les plus grands jazzmen à l’image de Thelonious Monk, Stan Getz, Lee Konitz ou bien Anthony Braxton… Depuis 1987 et l’inauguration de l’île de Versailles au cours d’un week-end aux tonalités très jazzy,  l’Association Culturelle d’Eté (ACE) organise chaque année un festival mêlant jazz et belle plaisance, comblant ainsi autant les oreilles que la vue du spectateur.

L’édition 2012 respectera bien entendu les principes fondateurs de l’événement : gratuit, divers et accessible à tous, il y en aura pour tous les goûts. Seul, en famille, entre amis ou en Amoureux, le timbre de l’Erdre s’accorde à tous, retrouvez l’intégralité des informations indispensables sur le site des Rendez-Vous de l'Erdre.

A peine a-t- il pris le temps de souffler de l’organisation du festival musical Aux Heures d’Eté que le temps presse pour Loïc Breteau de remonter en selle pour les Rendez-Vous de l’Erdre. MopNantes est allé à la rencontre de cet homme au tempo prestissimo.

Voyage à Nantes, Scopitone, Couvre-Feu, les Rendez-Vous de l’Erdre… comment expliquez-vous un tel dynamisme autour de Nantes?

Une telle action nécessite avant tout des acteurs et une volonté politique. Mais la volonté dans ce domaine ne peut se réduire à un petit intervalle, il faut bien comprendre que l’envie de donner une priorité à la culture dans la région se joue sur le long-terme. Dans les années 80 avec l’arrivée de Jean-Marc Ayrault aux commandes, une véritable démarche « acteur/spectateur » a pu se mettre en place. J’entends par là un travail vers l’excellence, indispensable pour un festival gratuit comme les Rendez-Vous de l’Erdre, et une action de formation et d’apprentissage de la population. Ce dynamisme autour de Nantes est donc le fruit d’un investissement en politique publique qui a permis, lentement, la naissance d’un esprit critique au sein de la population.

Si l’esprit critique n’est en effet point inné, outre pour les retombées strictement économiques, quels intérêts pour la ville de Nantes d’entamer une telle démarche?

On a coutume de dire : « la culture, c’est l’avenir ». La formation à l’esprit critique, à la rencontre, aux échanges, l’apprentissage d’une capacité à dialoguer fournissent aux citoyens des armes pour réfléchir, contre les peurs, pour débattre et ainsi s’épanouir.  Un tel épanouissement peut dans un second temps avoir un impact plus que positif sur les situations professionnelles. Lorsque le spectateur a l’occasion de venir découvrir d’autres cultures, d’autres styles, d’autres mouvances, il rentre en contact avec le monde et peut ainsi suivre son évolution : l’art donne les clés pour les changements. Mais on peut distinguer, vous avez raison, deux formes de cultures, quoique non totalement disjointes : cette culture citoyenne que nous évoquions et la culture en tant qu’outil de développement économique, pour l’image de la ville et ses retombées touristiques.

150 000 spectateurs pour un festival de jazz, mis à part des réunions comme celles de Marciac, Wien ou Montreux, c’est tout de même pas mal, non ? L’Erdre sera-t- elle peuplée uniquement d’adultes mordus de swing ou y verra-t- on des jeunes?

Allez-y et vous serez surpris. Sur ce type de programmation, nous pouvons en effet nous considérer comme le plus grand festival de jazz en France, nous sommes plus proche du rock’n’roll, des musiques actuelles que du jazz à proprement parler. Un véritable brassage est présent lors de l’événement : scène mix-jazz aux couleurs électro, scène jazz classique, scène blues… Ou tenez par exemple la scène souris-verte,  elle a pour but de promouvoir la rencontre entre les jeunes et les stars du jazz. Sans les parents, les très jeunes ont alors l’occasion de dialoguer avec un grand du jazz (NDLR, cette année, Bernard Lubat). Je suis convaincu que parmi ces jeunes pousses se trouveront plus tard des grands noms de la scène nantaise. Voilà un exemple concret du phénomène de formation dont nous parlions.

Peut-on considérer les festivals en France comme des bastions qui luttent contre une industrie musicale moderne qui impose ses goûts à coups de grandes manœuvres marketing?

Je ne sais pas, je ne pense pas. Nous sommes tout simplement sur des longueurs d’onde différentes, mais sans opposition belliqueuse. Notre rôle, c’est de favoriser les rencontres, les découvertes, de travailler sur l’émergence, de créer une dynamique qui s’entretient au long-terme, et, en ce sens, je crois que les Rendez-Vous de L’Erdre remplissent leur rôle dans la dimension culturelle. Mais il est vrai que nous nous détachons des gros festivals qui misent tout uniquement sur les têtes d’affiches avec une grosse billetterie.

Alors les vertus du jazz, quelles sont-elles?

Question difficile… A mes yeux, le jazz est une base d’ouverture, un « beau maillage », il y a certes la marque de l’improvisation mais on se rapproche je trouve des fondamentaux de la musique : toutes les musiques ont un lien de parenté fort avec le jazz. Même au cinéma, le jazz est très présent. Il est un peu au carrefour de tous les arts, c’est peut-être ce qui explique parfois sa difficulté d’écoute. Il a une « dimension de laboratoire ».

Comment êtes-vous arrivés à ce poste, dans ce domaine?

A 18 ans, je savais déjà que je voulais un métier situé entre le public et les artistes. J’ai donc travaillé dans de nombreux milieux événementiels et culturels, jusqu’à ce que ma candidature soit retenue ici en tant que « directeur de projet » pour l’Association Culturelle d’Eté.

Vos chouchous pour l’édition 2012 des Rendez-Vous de l'Erdre?

Je n’en ai pas tellement, il est difficile de sortir des artistes du lot, même si évidemment il y a toujours la force des grands noms. L’expérience avec Bernard Lubat sans doute, Pulsar, Vibones, Lee Konitz évidemment, la scène blues, Jazzanova peut-être… Mais des belles surprises, il y en aura, c’est certain !


MENU DU VENDREDI 31 AOÛT:

On est vendredi, c’est bientôt le week-end donc on est super gentil.

Les oreilles de MopNantes vous concoctent un petit programme alléchant pour ce soir, en l’honneur du Festival les Rendez-Vous de l’Erdre. Et si tous les chemins mènent à Rome, alors le jazz est la capitale des ritals : soul, rock, groove, afro-cubain, tout le monde y trouvera son compte. Suivez le guide, ça sent bon !

Entrée :

20h, deux plats s’offrent à vous :

  • Kinny, une des plus belles voix de la scène soul actuelle. Mi-jamaïcaine, mi-indienne, née au Canada, les noces du jazz et du reggae sous l’autorité de cette grande prêtresse, c’est à la scène « mix-jazz ». Un véritable poisson dans l’eau.
 Le fameux dilemme du plat de résistance :
  • « Si, chérie, on assure, un vrai bon plat traditionnel qui marche à tous les coups pour les invités». Grand figure de l’histoire du jazz, saxophoniste de légende qui a côtoyé les Miles Davis, les Chet Baker, les Bill Evans, les Charlie Mingus…  Lee Konitz, c’est la sécu, d’autant plus que le temps bonifie le vin. Grande tête d'affiche des Rendez-Vous de l'Erdre 2012 sur la scène Sully à 21h30.
  • « Allez, on le tente, ils aiment c’est le grelot, ils n’aiment pas… on s’en tape ! ». Une pincée de folie, une cuillère à soupe d’électro : un bon bol de Jazzanova. Funk, soul, broken beat et jazz, ces anciens DJ’s allemands donnent la bougeotte. Warning : risque de sorties de table. 22h sur la scène mix-jazz.
 
Mais puisque nous ne sommes pas du genre à ménager la chèvre et le chou, on vous avouera notre petit faible pour la sauce Jazzanova. Après tout, les horaires vous donnent la possibilité de couper la poire en deux ; néanmoins, vous connaissez le dicton sur les mélanges…
 
Dessert :
  • 23h sur la scène nautique : le classique crumble à 4 parts pour le quartet de Stéphane Belmondo, grand trompettiste français. A accompagner avec un vin aux accents « milesiens », de préférence.
« Tisane » :
  • Bières et électro-swing au Remorqueur avec le DJ Minimatic en provenance de Paris.
Sur ce, bon appétit chers Nantais.

Source : Timothée Franc, Les Rendez-Vous de l'Erdre

Commentaires

Le 29/08 à 16:13 : On peut aussi retrouver jeudi et vendredi les Rendez-Vous de l'Erdre au Chu de Nantes,dans le hall du premier étage de l'Hôtel Dieu, à partir de 14h30. http://bit.ly/NCaXit