Voyage initiatique autour du monde

MOP Nantes | Jezabel | Moppé le 05/09/2011 à 00:00 | Mis à jour le 05/09/2011 à 02:09
Intérêts :
Partagez :

Rencontre avec Frédéric Vasse, aujourd’hui conseiller en communication et prospective auprès de Jean-Marc Ayrault, et il y a un an, aventurier parcourant le monde avec sa famille.

Voyage initiatique autour du monde


Ensemble, il voulait constater l’état de santé de la planète et rapporter aux autres leurs expériences, partager leurs solutions découvertes aux 4 coins de la terre, leurs réponses aux problèmes écologiques, économiques et sociaux, rencontrés pendant leur tour du monde.

Un an après leur voyage, 'un an pour atterrir', la famille Vasse raconte son récit d'aventure et explique sa vision du développement durable.
 

Apprendre à parler de développement durable

Notre tour du monde : c’était une aventure pédagogique avant tout. Notre objectif consistait à décortiquer le développement durable avec des mots qui rendent le sujet accessible et sympathique. Nous voulions savoir comment on fait pour parler de développement durable en étant ni chiants, ni donneur de leçons, ni pseudo-experts. Toutes ces postures ont empêché et empêchent des millions de gens de s’intéresser aux vraies questions que pose une lecture de la réconciliation entre l’homme et la nature ; ça c’est mon credo ! On s’est donc dit avec ma femme que les plus beaux outils que nous avions à disposition, c’était le regard de nos enfants. Ils ont été les apprentis journalistes pendant un an et ont trouvé les mots, les leurs, pas ceux du monde des adultes, pour parler aux autres de choses difficiles à comprendre.
Et ça marche.

Mon deuxième garçon, Jules qui avait 9 ans et demi à l’époque, en rentrant en France, est tombé sur ses tontons, mes frères, qui ont entre 40 et 50 ans. Il a réussi à leur expliquer comment le micro-crédit fonctionnait, comment il était un soutien efficace pour les plus pauvres dans le Delta du Mékong. Pourquoi ? Parce qu’il l’avait expérimenté ! Avec ses mots, il l’a expliqué et franchement ils ont tout compris alors qu’ils n’avaient jamais compris avant. Voilà ce qu’on a appris pendant notre voyage. Avec ma femme, on en a fait des mômes ouverts et chanceux ; c’est une chance inouïe pour eux d’avoir vécu ce tour du monde et c’est le plus beau cadeau qu’on pouvait leur faire, en tant que parents et éducateurs. Aujourd’hui, l’engagement qu’on prend, c’est de partager notre expérience avec les autres, grâce aux conférences qu’on anime avec notre association Saperliplanète. C’est expliquer le développement durable de façon pédagogique et ludique. Et la vraie question, c’est : comment faire pour passer à l’acte, changer nos habitudes de consommation ?

J’ai un principe. C’est celui de l’amélioration continue. C’est ce à quoi je tiens le plus. Je ne veux pas dire aux gens pendant les conférences, changez tout, tout de suite ! Je crois qu’il faut se fixer des objectifs : plutôt que de tenter de monter trois marches en faisant un grand pas, fixons nous comme objectif déjà de les franchir une par une, sans risquer de se casser la figure. Exemple du quotidien : il faut manger bio ou pas ? Oui, mais c’est cher ! Peut-être faut-il déjà se dire : est-ce qu’on mange bien ? Je suis pas sûr... Avant, je mangeais de la viande rouge tous les jours, j’adorais ça ! Et j’ai compris avec ce voyage, ce que ça voulait dire si tout le monde mangeait comme moi. L’impact écologique que ça cause sur la planète est dévastateur ! Aujourd’hui pour avoir des prairies d’élevage, on va foutre en l’air des forêts, des milliers d’hectares, en Amérique, en Asie notamment! On l’a vu. Aujourd’hui j’essaye de manger de la viande rouge qu’une fois par mois. Toutes ces questions, on les a abordées pendant notre voyage autour du monde ... On a pris un an de notre vie pour vérifier tout ce qu’on nous baratine tous les jours, et le raconter avec les yeux de nos enfants. Il a fallu construire petit à petit, un discours, un chemin, pour dire qu’il y a une vraie voie possible et pour savoir comment on peut faire pour vivre ensemble.
 
Aller à la rencontre des populations locales ...

On a voulu rencontrer les gens. Pour vivre comme eux et comprendre leur quotidien. C’est pour ça qu’on n’avait préparé aucun hébergement tout au long du voyage. Seule réservation qu’on avait faite : la première nuit à Rio. Et l’histoire fut insolite. Je suis un geek hyper connecté sur Facebook et c’est grâce à l’ami d’un ami d’une amie que nous avons pu avoir un toit pour dormir le premier soir au Brésil. Cette histoire ne nous a jamais lâchés. Et ce tout le temps pendant notre tour du monde. Tous nos projets, nos besoins ont toujours trouvé une réponse. Et la grande leçon, que je gueule à tous le monde, c’est celle-là : connaissez-vous la soif de fraternité qu’il y a sur cette planète ? Et le sens de la solidarité, comment on l’a perdu sur notre vieux continent ! C’est juste insupportable ! On a rencontré des gens, on a dormi chez eux, dans les conditions qui étaient les leurs. Avec ou sans eau potable. On a été accueilli dans leur intimité. Alors la première chose que j’ai fait en rentrant du tour du monde. J’ai ouvert une pièce chez moi, pour tous les gens de passage. Elle est gratuite. C’est une manière de rendre ce qu’on a reçu. Et pour nous c’est le minimum qu’on puisse faire. Evidemment.
 
Comprendre l’impact écologique des habitudes de consommation de l’Homme sur la planète ...

En Inde par exemple, on a fait un sujet sur l’accès à l’eau potable et le traitement des eaux usées, sujet passionnant au premier abord pour les gamins, n’est-ce pas? Et bien ce fut génial. Il a fallu leur expliquer. L’Inde est un pays qui dispose de beaucoup de ressources en eau. Le vrai problème est la qualité de cette eau. On a partagé la vie d’une famille qui nous a permis de réaliser un reportage sur le Petit Canal, un canal qui traverse Pondichéry. Et là, l’horreur ! C’était un canal rempli d’immondices, c’était infect ! Toutes les eaux usées étaient balancées là sans aucun traitement. Pas comme chez nous. Les enfants étaient sans voix. Alors on a voulu vérifier. Où vont ces eaux immondes ensuite ?

En route pour suivre le chemin du canal, caméra à la main, on arrive au bout et là que voit-on? La mer. Tout part dans la mer de façon indigne sans aucun retraitement ! Et ça, on l’a vu souvent. On l’a vu au Brésil, au Chili, en Inde, au Laos, en Mongolie, en Afrique du Sud, partout ! Alors oui, l’eau est chère en France. Mais voilà ce que je dis aussi à mes copains : à Nantes, l’eau qu’on jette dans la Loire, elle est propre. Cette eau, c’est aussi celle que vous buvez. C’est tellement évident pour nous aujourd’hui ! La stratégie du développement durable doit d’abord être au bénéfice des populations les plus défavorisées. Le sujet est mondial : il faut que nous préservions nos ressources. Nous devons incarner la génération qui prend conscience et qui avec ses enfants amorcent le changement !
 
Découvrir des initiatives durables

J’ai été abasourdi de l’état de la France quand je suis rentré. Franchement. Cette société crispée, figée, pas en mouvement quoi ! Quand je vois le peuple brésilien, la façon dont il a envie de s’en sortir, qu’il y croit et qui y va, qu’il ose ! Le peuple indien, 1 milliard 200 000 habitants, du col blanc en haut de son building géant au col bleu, dans la rue, sur le trottoir, ils espèrent tous les deux parce qu’ils partagent un destin commun, une espérance ! Et ce que je trouve flagrant, dans le monde, par rapport à l’Europe et la France en particulier, c’est la capacité à expérimenter, à innover.

Partout pendant le tour du monde, j’ai les ai vu essayer. Et s’ils loupent, ce n’est pas grave ! En France, quand vous tentez quelque chose et que vous ratez, vous êtes un looser ! Comment voulez-vous donner envie aux jeunesses de France de s’en sortir ? Il y a un manque d’ouverture des français à l’échelle du monde. Finalement, nous ne sommes pas un peuple qui voyage tant que ça. J’ai vu des étudiantes américaines, sud-américaines, indiennes, faire leurs études aux 4 coins de la planète et elles n’étaient pas fortunées. En France, c’est l’inverse. Le voyage est souvent réservé aux classes aisées. Là-bas, dans le système universitaire et scolaire, ils ont déjà anticipé le monde de demain : l’hyper-connexion ! Voilà comment préparer la France et l’Europe de demain ! Se mettre en hyper-relation avec le monde. Parce que les pays émergents, ils vont pas être émergents longtemps ! Ils vont bientôt être les pays dominants ! Ils vont incroyablement vite. Ils sont capables de généraliser des solutions sur lesquelles nous, nous n’arrivons toujours pas à nous décider.

Gardons l’exemple de l’eau. Certaines régions ont deux cycles d’eau parallèles : l’un pour boire, l’eau potable, et l'autre pour l’usage quotidien. Elle est pas bête cette idée-là, non ? Mais franchement, est-ce que ce n’est pas une idée qui pourrait nous servir chez nous ? Oui, j’en suis sûr. En Europe il faudrait faire progresser le droit pour que chacun puisse choisir d’avoir chez lui autre chose que l’eau potable pour mettre dans les WC, laver le linge et nettoyer sa voiture ! Aujourd’hui, le droit français ne nous le permet à peine. L’Europe est incapable - alors que nous avons tous conscience des enjeux - de passer à l’action.
 
Trouver des solutions ...

On est revenu convaincu que les solutions sont multiples, possibles, et qu’il faut de la créativité, de la crédibilité et de la confiance. Nous n’avons pas assez confiance en nous-mêmes: la qualité de notre eau, de notre système de santé. En France, il y a peu de gamins qui crèvent ! On a oublié tout ça. Il faut une juste mesure. On perd un peu trop de temps dans les questions que je trouve trop superficielles. Il faut passer à l’action. La France, le vieux continent, l’Europe, je les vois comme un bateau presque arrêté.

J’ai l’impression que le mythe des grandes organisations internationales, capables de tout réguler au nom de tous, c’est un leurre. C’est trop vaste, trop consensuel pour avancer, décider. Il faut du courage. Sauf que les crises sont multiples aujourd’hui ! Crises financières, crises morales... Je crois en la notion de “destin commun” : nous devons le réécrire, nous devons avoir envie. Peut-être que la crise climatique va nous obliger, malgré nous, à redéfinir ce projet commun. Le vrai sujet, dans les pays sous-développés, c’est de créer de la richesse. Je prends l’exemple de paysans dans le delta du Mékong avec qui nous avons vécus, pour travailler le principe du micro-crédit. Ils ont eu un prêt de 40 euros pour fabriquer un élevage de serpents. Résultat vérifié : ils ont réussi à tripler leurs revenus mensuels, en passant de 5 à 15 euros. Au bout de deux ans et demi, ils ont réussi à rembourser leur dette. Le gamin a pu aller à l’école, la grand-mère a été soignée, et le gros trou dans la toiture réparée.
On l’a vécu !

Je crois que c’est de l’aide au développement super efficace. Et c’est de ces idées que nous devons nous inspirer pour trouver des solutions durables aux problèmes écologiques, économiques, financiers, que nous rencontrons.
 
Une seconde naissance

La vie est courte. On sait que nous sommes remplaçables. Aujourd’hui, je peux dire que je suis heureux. Le plus beau cadeau que l’on s’est offert, en famille, avec nos enfants, c’est de se donner le temps. Je ne l’oublierai jamais et eux non plus. J’ai vécu leur seconde naissance. Ce voyage m’a été initiatique. Il me sert dans ma vie d’homme, dans ma famille, dans mon travail. Je me suis trouvé, ma vie est fidèle à ce que je crois, et mon engagement professionnel auprès de Jean-Marc Ayrault, aussi.
 
Vous voulez réagir à l’expérience de cette famille ? Vous aussi, vous avez voyagé autour du monde ou vous rêvez de faire un tour du monde ? Venez commenter sur mopnantes.fr. Et pour avoir plus d’infos, n’hésitez pas à consulter le site internet de l’association Saperliplanète.
 
Extrait de leur voyage en Mongolie : les nomades mongols à l’épreuve du temps




Commentaires