Yannick Guin et l'attractivité culturelle de Nantes

MOP Nantes | Gwenaëlle Bretagne | Moppé le 15/03/2013 à 13:15 | Mis à jour le 23/05/2013 à 14:56
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En quoi et comment la culture joue-t-elle un rôle majeur pour l'attractivité de notre ville ? MOP Nantes a assisté à une classe magistrale sur les fondements de la politique culturelle sous Jean-Marc Ayrault, pour en ressortir l'essence de l'attractivité locale et internationale de la Ville de Nantes aujourd'hui.

Yannick Guin et l'attractivité culturelle de Nantes


Monsieur Yannick Guin est professeur émérite de la Faculté de Nantes. Il est actuellement membre de la Commission Gallois, après avoir été Adjoint à la Culture de 1989 à 2007. Sa principale mission est de relier la Culture, l'Economie, la Formation, la Recherche et l'Innovation. Dès son arrivée lors du premier mandat de J. M. Ayrault, Y. Guin a décidé de restructurer l'Opéra de Nantes, afin de donner un nouvel élan de rayonnement à l'établissement. Plus tard, en 2002, il réalisera la fusion de l'Opéra de Nantes et celui d'Angers, dynamisant l'art lyrique dans tous les Pays de la Loire. Il occupe également la vice-présidence de cette nouvelle maison.

Dès 1989 la politique culturelle se préoccupe d'une part de l'émancipation de chaque individu, et d'autre part de la mise en valeur et de la redécouverte de la Cité par tous les habitants. D'un côté, elle a su procurer savoirs et émotions artistiques pour former l'esprit critique et susciter des débats. D'un autre côté, elle a placé la créativité nantaise au premier plan, afin de combattre la dépression des concitoyens face à la crise économique (fermeture des chantiers navals, absorptions et fusions d'usines comme la BN ou LU). Le rôle de la culture était donc moral et collectif, afin de redonner confiance à la jeunesse et à la modernité. C'est ainsi qu'avant 1989 avaient commencé à fleurir quelques projets culturels à Saint Herblain, puisque la municipalité Chauty, alors au pouvoir à Nantes, ne s'inscrivait en aucune façon à cette manière de voir de la gauche socialiste. Le Festival au Printemps de Théâtre de Saint Herblain invitait déjà des compagnies comme celles de Claude Brumachon ou Royal de Luxe. En 1989 cette dernière compagnie n'étant plus soutenue par la Ville de Toulouse, elle fut invitée à Nantes par la nouvelle municipalité dirigée par Jean-Marc Ayrault.

Homme de confiance de Jean-Marc Ayrault, élu à la tête de la Mairie de Nantes en 1989, Jean Blaise se charge de "redonner la pêche à la ville". Ce dernier contribue à faire redécouvrir Nantes, à travers des lieux insolites (LU), imagine le Festival des Allumés et met en scène des chocs esthétiques et culturels extrêmement forts venus de l'étranger. Le seul mot d'ordre était la qualité des productions artistiques et l'action culturelle visant à aller chercher les publics. C'était également l'époque où fleurissaient les sponsors (EDF, GDF, Banques...) intéressés par ce renouveau qu'on a pu appeler la "movida nantaise".



Les échos de cette politique culturelle allaient bientôt retentir à l'extérieur de Nantes, mais aussi à l'international. En 1995, par exemple, ce fut le lancement de la Folle Journée qui avait pour but de faire connaître la musique classique au plus grand nombre. Le succès fut immédiat et perdure encore aujourd'hui, à la veille de son 20ème anniversaire.

Par ailleurs des relations de plus en plus soutenues sont entretenues avec des villes étrangères, les villes jumelées bien sûr (Cardiff, Sarrebrück, Tbilissi, Seattle), mais aussi des villes d'Afrique, comme Durban, ou du Japon comme Niigata. Tous ces mouvements dynamisent la créativité et la richesse des échanges culturels de la Ville de Nantes. Mais l'aspect économique n'avait pas encore été au centre des débats.

Vers la fin de son troisième mandat, Jean-Marc Ayrault relève le défi de l'attractivité de notre territoire par la Recherche. C'est alors qu'une importance majeure est donnée à l'innovation pour le développement des entreprises. Jacques Auxiette, élu Président de la Région des Pays de la Loire, remporte les élections en 2004. Il est très proche de Jean-Marc Ayrault et de Yannick Guin. Ensemble, ils inscrivent leur volonté politique de redynamiser l'enseignement supérieur et la recherche. L'essor se fera ressentir aussi bien dans les sciences humaines et sociales, avec l'Institut des Études Avancées et la Maison des Sciences de l'Homme, que dans les disciplines médicales ou technologiques (matériaux, énergies, etc.).

Cette nouvelle étape a également conduit au développement des industries culturelles et créatives. Face à l'essor de la mondialisation, l'accent est mis ici sur la Santé, le numérique et les matériaux. La mise en place de l'Institut de Recherche Technologique Jules Vernes couronnera ces efforts. Dans la foulée, en 2007, la ville de Nantes décide d'être à la tête d'un projet culturel européen nommé ECCE, Economic Cluster of Cultural Enterprises (programme Interreg III). Né sous l'égide de Jean Louis Bonnin, alors directeur de la culture, ECCE stimule la croissance économique et la création d'emplois dans le secteur culturel, avec six autres villes européennes. Ce programme attire l'attention sur le fait que la culture contribue à 3 % du PIB (produit intérieur brut) européen.

Mais, la crise économique faisant rage depuis bientôt six ans, la notion de rentabilité apparaît comme un élément moteur dans tous les domaines, y compris pour la culture. Ce phénomène amène les acteurs culturels à quantifier leurs résultats. Par exemple, un rapport sur l'impact économique de la Folle Journée met en lumière l'impact de cet évènement sur la restauration, l'hôtellerie ou les transports.

Toutefois, ne doit-on pas craindre une invasion de l'utilitarisme anglo-saxon de la culture ? Yannick Guin rappelle l'importance de l'enrichissement humain dans tout projet culturel, sinon gare au "boulevard du divertissement".

Si Marseille a souhaité postuler pour être capitale de la Culture, Nantes estimait qu'elle avait encore à faire progresser son aura intellectuelle et artistique pour que le rayonnement européen soit sensible. Le Mémorial de l'Abolition de l'Esclavage est une pierre majeure posée dans ce sens. Mais Yannick Guin assure qu'il faudra encore exiger davantage, avant que Nantes puisse prétendre jouer un rôle dans la pensée la pensée européenne. La Ville de Nantes, capitale Verte 2013, est déjà récompensée pour ses efforts. C'est une ville engagée de manière exemplaire dans un développement urbain respectueux de l'environnement, malgré les débats qui font rage à propos de Notre-Dame-Des-Landes. Nantes est également membre de Eurocities, le réseau des villes les plus importantes d'Europe. Patrick Rimbert a d'ailleurs été récemment élu Vice-Président de l'exécutif de ce réseau. Nantes a donc déjà commencé à tracer son chemin, comme une ville qui délivre des messages et des modèles.



Aujourd'hui, Nantes a gagné une place enviée par d'autres villes dans les palmarès à l'échelle nationale. En matière économique, notre ville est au 7ème rang pour son PIB par habitant en France (source : Le Journal des Entreprises, 2012), 4ème ville championne pour son dynamisme (source : idem) et au 6ème rang pour le dynamisme de sa politique culturelle derrière Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux et Rennes (source : L'Express). Jean Blaise a su mettre en scène le territoire attractif par Le Voyage à Nantes. Un évènement comme La Folle Journée affiche des retombées économiques directes, mais aussi indirectes pour ses prestataires. En 2012, un rapport d'activité informe que l'impact induit a été de 11 millions d'euros injectés dans l'économie locale. Le modèle de la Folle Journée a d'ailleurs été exporté à Bilbao et Lisbonne, sans compter les projets menés avec Montréal, Tokyo, Varsovie, Taïwann et Pékin. Quant à l'Opéra, qui emploie une centaine de personnes, il s'inscrit dans la réussite artistique et attire différents publics, de part sa vision moderne et contemporaine de l'art lyrique.

En conclusion, la culture est bien une activité économique parmi d'autres et contribue largement à l'attractivité de notre territoire. Cette attractivité est intellectuelle, artistique, internationale et bien sûr économique. L'excellence artistique, c'est ce qui permet de "tenir la route" et rend notre ville particulièrement attirante, non seulement pour les nantais, mais aussi pour les autres Français et nos voisins européens ou d'ailleurs en ce monde.

Source : Yannick Guin

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