Audencia, grande école de commerce à Nantes

MOP Nantes | Timothée Franc | Moppé le 27/06/2012 à 16:35 | Mis à jour le 08/07/2012 à 09:19
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Sixième meilleure école de commerce de France, Audencia est un lieu d'excellence académique en terme de management, un management qu'elle s'efforce de rendre responsable et international, s'accordant ainsi avec les plus grands enjeux de la mondialisation actuelle.

Audencia, grande école de commerce à Nantes


Avec plus de 100 partenariats conclus à travers le monde, elle est aussi en effet la première école de management en France à avoir adhéré au Global Compact, une initiative des Nations Unies qui s'engage à promouvoir les principes de la responsabilité globale. Même si elle reste ouverte au monde universitaire, la voie royale pour intégrer un tel établissement reste la fameuse classe préparatoire. A l'occasion des oraux organisés par les élèves de l'école pour les étudiants en concours, Mopnantes vous fait découvrir les coulisses d'un tel microcosme, avec en prime l'interview de l'étudiant responsable des festivités ainsi qu'un entretien avec Mr Jean Charroin, directeur général d'Audencia Nantes.

Audencia est le fruit de deux mots latins: «audientia» (l'écoute) et «audacia» (l'audace). C'est donc avec audace que l'ambitieuse école voit le jour dès 1900, dans le bâtiment devenu aujourd'hui le Museum d'Histoire naturelle. En 1964, l'établissement prend le tire d'ESCAE: Ecole Supérieure de Commerce et d'Administration des Entreprises, puis, seulement trente ans plus tard, elle est habilitée à délivrer le diplôme d'ESC Nantes Atlantiques, haut enseignement en management. En 2004, ses diplômes s'élèvent au grade de Master. Aujourd'hui, elle détient les trois accréditations majeures du monde du commerce, à savoir AACSB (signe américain d'excellence académique, accordé à 5% des écoles de commerce dans le monde), EQUIS (label européen) et AMBA (Audencia est reconnue comme une école délivrant des MBA – Master in Business Administration). Entre audace et écoute, l'école s'est forgé les valeurs qui l'ont donc fait grandir si vite: ouverture sur le monde, culture et humanisme, engagement et innovation. Avec plus de 3000 étudiants parmi 50 nationalités différentes accueillis chaque année, l'école reste fidèle à ses principes et propose un large panel d'opportunités professionnelles, avec trois MBA et huit mastères spécialisés. Nombreux sont donc les étudiants en classe préparatoire qui rêveraient de fouler ses couloirs. En attendant, certains ont franchi la première épreuve des écrits, mais ils doivent désormais affronter les épreuves orales, dernière étape avant le sésame final. Ce sont les élèves de première et troisième année qui sont chargés d'assurer leur organisation, dans les meilleures conditions possibles, car il faut avant tout convaincre les admissibles de choisir la bonne école et la bonne ville, en d'autres termes, Audencia et Nantes.

Interview de Jérôme Brévier, étudiant en première année à Audencia et responsable de l'accueil admissible:

Les admissibles, ça dure combien de temps?

Du 19 Juin au 7 Juillet!

Vous allez devoir accueillir combien d'étudiants approximativement?

Un peu moins de 2000 normalement, si on regarde les chiffres de l'an dernier, en 2011, il y a eu à peu près 1750 étudiants.

Et qui s'occupe de toute cette colonie?

Le BDE (le Bureau Des Élèves) d'Audencia, donc Shotland Yard, est réparti en plusieurs pôles dont le pôle admissible, on est 13 au total à être chargés d'organiser les oraux. On travaille depuis Janvier avec l'administration d'Audencia, qui nous aide énormément dans tout ce qui est travail logistique, comme les réservations des logements ou des transports, nous ensuite on s'occupe plus de tout ce qui est en amont, c'est-à-dire tout ce dont a besoin l'admissible: un accueil irréprochable. Ensuite, on a recruté beaucoup de personnes en première et troisième année à Audencia pour nous aider, des personnes qui sont fières de leur école et qui veulent dévoiler son meilleur visage, surtout après l'accueil de rêve dont ils ont pu profiter l'an dernier.

Tu pourrais nous décrire une journée type pour un admissible alors?

Aucun problème! A 7h30, rendez-vous à Audencia pour l'émargement, suivi d'un petit-déjeuner concocté par nos soins. Vers 8h, les admissibles se retrouvent tous dans l'amphi Édit de Nantes pour un discours du Directeur Général de l'école, Jean Charroin, puis les premiers entretiens débutent dans la foulée à partir de 8h30 et ce jusqu'à 12h30. L'après-midi rebelote. Et quand la journée se termine, c'est là véritablement en fait que sa journée commence. Il peut profiter enfin pleinement du forum, où il y a baby-foot, ping-pong, transats, PS3, des sorties dans Nantes sont organisées, des découvertes des meilleurs spots du Voyage à Nantes, le gymnase est ouvert s'il souhaite se défouler... Avant que le pôle animation ne se ridiculise au plus haut point pour lui décrocher un sourire, avec des sketchs d'anthologie. Ensuite, dîner tous ensemble, entre admisseurs et admissibles, à l'Hippopotamus, là on est tous réunis et l'ambiance décolle. Avant d'aller dormir soit à l'hôtel, soit chez l'étudiant, tous ceux qui veulent poursuivre la soirée dans la fièvre nantaise trouveront nécessairement des admissibles au taquet, jusqu'au bout de la nuit, ces gens-là ne dorment jamais mais ils ont toujours le teint frais, c'est pour ça qu'on les a pris aussi.

En fait, votre rôle, c'est surtout d'installer une bonne ambiance et de donner une image chaleureuse de l'école?

C'est ça, et surtout globalement faire en sorte que l'admissible passe la meilleure journée possible à Audencia. Être disponible, ouvert, de bonne humeur, ça semble évident! On a tous passé les oraux l'an dernier, on sait ce à quoi on s'attendait à la place où ils sont aujourd'hui.

Cette année, le slogan?

«West you can!», c'est un message d'espoir! Pour dire à tous ceux qui «visent» Audencia: tout est possible! Et évidemment ça fait écho au slogan d'Obama, on est une école ouverte sur le monde de toute évidence.

Des consignes du directeur pour ces admissibles?

Tout donner, être fair-play et ne pas jouer aux guerres des critiques des autres écoles, car, comme il le dixit souvent: «A Audencia, on fait les choses avec classe».



Interview de Monsieur Jean Charroin, directeur d'Audencia Nantes Grande Ecole de Management : les enjeux d'une école de commerce d'aujourd'hui.

Quelles sont les clés de la réputation d'une grande école sur le plan national et sur le plan international?

Le champ national et international répondent à des lois totalement différentes.
Sur le plan national, la réputation de l'école est fonction avant tout du classement du programme grande école, ensuite, avec un effet d'ombrelle, la majeure partie des autres parcours de l'école sont dès lors mis en valeur: même si la reconnaissance des entreprises est aussi fondamentale, il faut donc être bien classé dans les choix post-prépa, c'est le principal (ndlr
Audencia est classée 6ème meilleure école de commerce de France dans les fréquents classements).
Sur le plan international, cela dépend des zones géographiques! Regardez, prenez toute l'Europe, l'Afrique du Nord, quelle est la référence? Les
écoles de commerce européennes. Maintenant allez en Asie ou aux États-Unis, pas sûr que l'on soit toujours la référence. A ce niveau, le classement du Financial Times est discriminant, il a l'intelligence de prendre en compte la présence de professeurs internationaux dans les écoles.

La réputation des grandes écoles de commerce est aussi avant tout fondée sur la reconnaissance à l'étranger, c'est ce qui permet en effet l'obtention d'accréditations. Pour cela, il faut engager des enseignants-chercheurs qui publient dans des revues prisées. Plus ces revues sont célèbres, plus le recrutement de leurs auteurs est onéreux. Or avec la réforme des CCI et la taxe professionnelle, les sources de financement pour les écoles risquent de s'amenuiser. Est-ce un danger pour les business schools françaises?

Il est vrai que les financements assurés par les pouvoirs publics sont actuellement remis en question un peu partout. Les écoles de commerce vont donc rentrer dans une attitude de "prédation" de ressources. On a deux variables sur lesquelles jouer: les frais de scolarité, délicats à augmenter, et les entreprises, qui vivent des moments difficiles dans le contexte de stagnation actuel. D'où une solution: se spécialiser pour survivre. Les toutes meilleures écoles de commerce de demain seront celles qui pourront proposer une gamme complète, les autres écoles devront faire un choix pour conserver leur identité et se mettre en avant.

L'image du pays pour attirer les étrangers est aussi fondamentale, non? La circulaire Guéant, qui a été amendée très tardivement, et qui proposait de réduire la possibilité pour les étudiants étrangers d'obtenir un premier poste, ne va -t- elle pas avoir un impact négatif sur le recrutement des écoles à la rentrée prochaine?

Il faut d'abord relativiser et sortir de la vision franco-française, regardons les choses avec objectivité: la circulaire Guéant n'était pas plus drastique que les exigences des USA ou asiatiques. Au niveau des recrutements, je ne pense pas que nous allons véritablement en pâtir, surtout qu'elle a été amendée depuis. Ce qui est dommageable, c'est qu'elle peut conduire à modifier la perception de l'enseignement français qu'ont les étudiants internationaux. Le vrai problème de l'attractivité aujourd'hui, quel est-il? C'est bien simple, comment être une business school attractive dans une zone en stagnation? 40% des MBA asiatiques proviennent de l'Europe ou des Etats-Unis. Pour contrer ce phénomène de migration, l'innovation est primordiale. Notre proximité avec Centrale (ndlr grande école d'ingénieur) est la manifestation de la compréhension de cette nécessité. Nous avons pu organiser notamment cette année un séminaire en management de l'innovation avec des professeurs russes.

Dans des cours de finances, on peut appréhender la notion de fusion-acquisition, s'unir pour survivre a aussi l'air de devenir un leitmotiv pour de nombreuses ESC. Je pense à Reims et Rouen, ou bien le projet de toutes les ESC. Cela permet des économies d'échelle et une meilleure visibilité internationale. Que pensez-vous de ces stratégies? Peut-on un jour imaginer Audencia s'unir avec une autre école (autre que les deux autres de l'Audencia Group)?

Ce que je répète aux admissibles avec mon discours matinal pour les accueillir, c'est que la fusion est un moyen, jamais une fin. Cette dynamique de fusion appartient à mon sens à ce que l'on a coutume d'appeler l'exception culturelle française. Aux Etats-Unis, tous les technopôles, le MIT, Standford, regroupe une école de management... et un collège d’ingénierie! En fusionnant, les écoles de commerce françaises risquent de perdre leur identité, l'union ne fait pas nécessairement la force, vous auriez beau regrouper toutes les ESC, aurait-on Standford? Ce qu'il faut, c'est au contraire affirmer sa différence. Avec les principes de responsabilité globale, l'ouverture culturelle, les doubles-compétences, notamment notre parcours avec Centrale, Audencia peut se démarquer et forger sa propre identité. Je crois que c'est Marcel Pagnol qui avait répondu à un journaliste, qui lui avait demandé pourquoi sa pièce Marius avait connu un tel succès à Tokyo une fois traduite en japonais, que «pour être de partout, il faut d'abord être de quelque part». La force de l'enracinement est vitale pour une école de commerce, diluer son identité, c'est perdre au bout du compte sa visibilité, donc son attractivité.

Quelle est alors la véritable identité d'Audencia? La fameuse ouverture culturelle? Outre les double-diplômes proposés, en quoi se manifeste -t- elle? Pourquoi un tel choix?

Le positionnement d'Audencia se fait effectivement au niveau de l'ouverture culturelle. Mais ce n'est simplement un élément du décor, c'est parce que la culture est de plus en plus source de nouveaux métiers. Aucune école de ne propose par exemple une majeure en gestion des relations clients, ou des voies prometteuses telles que la fusion-acquisition, qui nous permet chaque année de passer des étudiants dans de très belles structures financières.

Quelle est la responsabilité d'une école de commerce pour la santé économique d'un pays? Suite à la crise financière de 2008, Audencia a -t- elle cherché à changer ces méthodes d'enseignement?

La crise de 2008 a en effet affecté les écoles de commerce, surtout outre-atlantique. Cette défaillance économique nous a permis de comprendre une chose essentielle: la contribution sociétale de l'école est à prendre en compte en urgence. C'est pourquoi nous sommes les pionniers en terme de responsabilité globale, nous avons implanté des cours d'éthique, de gestion des risques financiers, ou bien nous organisons souvent des conférences sur les sujets de la crise, notamment sur la lutte contre la corruption.

C'est une question que l'on pose souvent aux élèves lors des entretiens de personnalité, qu'ils passent d'ailleurs en ce moment dans l'établissement, alors je ne vais pas manquer de vous la poser... Comment voyez-vous Audencia dans 20 ans?

Une école réputée internationalement et qui marche pour le développement de la société et de ses entreprises. Des managers responsables qui ne sont pas seulement spectateurs de ce qui se passe dans le monde, mais acteurs. Cela passe par un corps professoral qui s'affirme sur les grands débats modernes qui peuvent nous concerner, qu'ils appartiennent au domaine fiscal, au domaine de la durée du travail, des délocalisations, de la dette, de l'euro... Nous nous devons d'avoir un avis sur ces questions. Une école dont l'importante contribution sociétale est devenue respectée et respectable, voilà Audencia dans 20 ans.

Source : Timothée Franc, Audencia.com

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