Grève du Crédit Mutuel - CIC à Nantes

MOP Nantes | Jéromelec; zaphal | Moppé le 01/02/2012 à 15:36 | Mis à jour le 08/02/2012 à 11:26
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Hier à Nantes, comme dans une douzaine de grandes villes en France, a été lancé par les syndicats CFDT, CFTC, CGT, FO et UNSA un mouvement de grève des salariés du groupe CM11/CIC (Crédit Mutuel et CIC). Des banquiers en grève ! La situation peut faire sourire, car nombreux sont les clichés sur une profession mal connue du grand public.

Grève du Crédit Mutuel - CIC à Nantes

Derrière l’image du Picsou ancré sur son siège se cache un monde totalement différent. Aujourd’hui le droit de grève permet aux salariés d’exprimer leur mécontentement, c'est donc un droit pour tous !
Pour montrer la grande inquiétude qui règne au sein de ces sociétés, les grévistes du Crédit Mutuel et du CIC se sont regroupés au sein d’un même mouvement de contestation. Une première !

De cette grève découle deux revendications principales : une revalorisation salariale ainsi que de meilleures conditions de travail. Au départ une augmentation générale de 2,9% avait été demandée. Il semblerait qu'un salarié en début de carrière gagne le SMIC. N’accordant qu’une augmentation de 1,2%, la direction s’est attiré les foudres de ses employés, qui considèrent anormal les augmentations de salaires des dirigeants sans cesse en évolution depuis 2005. Mais le principal fondement de cette grève reste les conditions de travail. Porté sur la suppression des objectifs individuels, l’arrêt du harcèlement commercial et sur l’adéquation des effectifs aux charges de travail.

Présent au siège du CIC à Nantes où se déroulait la manifestation, j'ai rencontré Armel Mahé, délégué syndical CGT CIC Ouest, qui m'a expliqué en détail les conditions de travail déplorables au sein de la société. Selon le délégué, il existe une pression individuelle de plus en plus importante sur les objectifs commerciaux. Une demande de production aux salariés est imposée alors que la charge de travail est sans cesse en augmentation, du fait des départs en retraite qui ne sont pas systématiquement remplacés. Il remarque un énorme manque de considération à l’égard des employés et une attitude méprisante des dirigeants. Après un discours devant une assemblé d’environ 600 personnes, les grévistes ont pénétré dans les locaux du CIC pour faire entendre un peu plus fort leurs revendications.

Au cours de mon investigation, j'apprends qu'un syndicat, bien qu'en grève, n'est pas présent à ce rassemblement. Le Syndicat National des Banques (SNB/CFE-CGC) a, lui, constitué un groupe de travail à la Maison des Syndicats située place Gare de l'Etat à Nantes. Ils ont préféré réfléchir sur les revendications pour pouvoir proposer dans la journée des solutions aux dirigeants. Préférant se concentrer sur les mauvaises conditions de travail que sur les revendications salariales, ce groupe de personnes partageaient les mêmes demandes que leurs collègues manifestants. Lors de cette réunion, j'ai été informé de quelques méthodes de management plus que douteuses. Sous pression continuellement, les employés ne trouveraient plus de plaisir à exercer une profession qui tendrait plus à satisfaire les besoins de la banque que de proposer des solutions adéquates à leurs clients. J'ai été surpris d’apprendre que lors de réunions internes, les résultats des employés étaient oralement dévoilés pour créer une concurrence au sein des équipes. Des mails seraient envoyés tous les matins aux salariés pour montrer les précédents résultats de leurs collègues, une technique de marketing appelé : benchmarking.
Ces méthodes qui parraissent incompréhensibles, pousseraient les employés à effectuer des résultats sans se soucier de la situation des clients Une gréviste présente dans la salle me confie "on est d'abord des conseillers pas des vendeurs". Pour illustrer leurs propos, les syndicalistes me montrent une lettre écrite par une employée de 25 ans qui conclut  par : "bref je trouve dommage la situation actuelle... Sincèrement, j'aimerais être fière de mon métier... Place à l'humain pour une fois !".

Des employés qui subiraient une pression quotidienne qu'ils n'arrivent plus à gérer. Un comble pour une banque mutualiste ! Un syndicaliste du SNB m'avoue que le CIC Ouest a fait les meilleurs résultats depuis 10 ans. Il ne comprend donc pas pourquoi ces bénéfices ne profitent qu'aux dirigeants du groupe, alors que la plupart des employés ont donné beaucoup de leur personne pour atteindre leurs objectifs.

Tout au long de la matinée, j'ai pu constater qu'il y avait un mal-être et beaucoup de stress au sein de cette banque qui est considéré comme mutualiste donc normalement aux mains de ces sociétaires. Visiblement c'est loin d'être le cas même si les conditions de travail sont sans doute moins oppressantes que dans les autres grands groupes bancaires.

Source : personelle

Commentaires

Le 06/02 à 19:04 : Eh oui ! Ne pas confondre Banquiers et Employés de Banque. Nous sommes, en effet, loin de Picsou, des Banquiers des westerns et autres Lombard. Le Banquier n’est plus identifiable en temps que personne, mais en Conseil d’Administration et autres Actionnaires. Et l’employé de Banque, quelque soit son cadre d’emploi, qu’un simple exécutant de ses dirigeants. Là comme maintenant dans la majorité des grandes entreprises, le personnel n’est qu’une variable d’ajustement, de la rentabilité maximum de l’entreprise. Entrainant de facto une deshumanisation du travail. Et pour moi rien de choquant à ce que la grève existe au sein des Banques.