Grève à la Caisse d'Epargne à Nantes

MOP Nantes | Timothée Franc | Moppé le 28/06/2012 à 13:07 | Mis à jour le 03/07/2012 à 16:37
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Samedi matin à 10h30 devant l'agence nantaise place Graslin, les employés de la Caisse d’Épargne feront grève pour dénoncer la dégradation des conditions de travail. Malgré les nombreuses alertes adressées à la direction, le syndicat unifié UNSA et la CFTC-CGT sont loin de s'estimer entendus.

Grève à la Caisse d'Epargne à Nantes


En 2009, un comité réunissant de nombreux représentants de la Caisse d’Épargne avait décidé de mettre en place un plan de prévention du stress. Jugé insuffisant et inappliqué, les syndicats ont alors fait appel, par le biais de la CHSCT, à un cabinet d'expertise pour réaliser un autre diagnostic dont les résultats sont assez alarmants: 31% des personnes interrogées confient avoir un niveau de stress élevé à très élevé et 89% d'entre eux blâment une charge trop lourde de travail, «une pression renforcée par l'obligation de faire remonter sa production à son supérieur hiérarchique, via des reportings quotidiens», nous explique Patrick Lancelot, membre de l'UNSA. Cette méthode managériale n'est pourtant désormais autorisée que pour un rythme hebdomadaire. En 2012, il est prévu qu'elles deviennent informatisées, «et les dérives risquent de s'amplifier». Durant deux ans, les syndicats ont tenté sans succès d'ouvrir les yeux à la direction, qui n'a cessé de faire l'autruche en brandissant le benchmark national. Le benchmark est un classement des agences Caisse d’Épargne évaluant leurs productions, qui n'a que «peu de sens», selon Patrick Lancelot, «puisque l'on compare des agences qui sont confrontées à des clientèles et à des contextes totalement différents».

Avec cette grève, les employés de la Caisse d’Épargne, tout comme les employés du CIC lors de leur action de Février dernier, souhaitent mettre en lumière le stress qui envahit les agences, le mal-être et la souffrance au travail. Grave: 68% des 2000 répondants ont déclaré qu'ils ne sentaient pas libres d'exprimer leur opinion. «La peur est bien présente sur le lieu de travail, c'est ce qu'a confirmé une expertise des médecins du travail le 21 Juin» et c'est «cette même crainte qui sera sans doute à l'origine de la faible ampleur de la manifestation à venir», prévient Patrick Lancelot. Le mal-être au travail est aussi la conséquence d'un manque de reconnaissance ou d'un phénomène d'infantilisation des employés, «des jeunes managers viennent vous voir et vous expliquent comment travailler alors que vous êtes dans la boîte depuis 25 ans». De plus, ils ne reçoivent que peu ou pas d'informations sur la stratégie, l'intérêt des campagnes commerciales ou des challenges. Ils doivent malgré tout appliquer les consignes sans avoir conscience des tenants et des aboutissants. Patrick Lancelot met aussi en lumière une autre conclusion de l'expertise tout aussi intrigante: l'abandon du rôle de conseiller au profit de celui de vendeur. «Je suis là depuis 1974 et je peux remarquer cette perte de sens et d'intérêt du métier».

Tous ces risques psychosociaux doivent absolument être pris en compte par la direction et entraîner de nouvelles mesures construites en collaboration. Les syndicats SUD et CFDT soutiennent cette grève mais n'y participent pas, préférant se réserver pour la rentrée. Samedi matin devant l'agence Place Graslin à Nantes, des tracts seront distribués, destinés aux passants comme à la clientèle, en espérant l'obtention d'un entretien avec le président du Directoire. Une affaire qui risque de quelque peu s'éterniser, lorsqu'on sait qu'il est prévu que les progrès censés résulter de l'initiative de 2009 soient notés par un service interne de l'entreprise... le CHSCT fera alors sans doute appel à un cabinet privé pour une contre-expertise, notamment pour évaluer la charge de travail, source principale de stress dans l'entreprise.

Source : Timothée Franc

Commentaires

Le 28/06 à 16:27 : Espérant que les salariés vont se mobiliser pour dénoncer des conditions de travail de plus en plus difficile ! Les Risques Psycho-sociaux sont bel et bien présents. Il faut les dénoncer pour que cela soit enfin pris en charge. Je suis militante CFDT et secrétaire du syndicat des banques, et je peux témoigner que ce sujet reste tabou. Les salariés des banques sont en réelle souffrance mais n'osent pas en parler par peur de leur hiérarchie. C'est une lutte quotidienne !