Grève de la faim à Nantes : non à l'aéroport

MOP Nantes | Chloé Martineau | Moppé le 13/04/2012 à 17:33 | Mis à jour le 14/06/2012 à 20:10
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Paysans sur la commune de Notre-Dame des Landes, Michel Tarin (64 ans) et Marcel Thebault (54 ans) ont dernièrement reçu leur ordonnance d'expropriation. Depuis ce mercredi 11 avril dernier, ils ont entamé une grève de la faim.

Grève de la faim à Nantes : non à l'aéroport


Point du jeudi 12 avril

Point du vendredi 13 avril

Point du mercredi 18 avril

Point du jeudi 19 avril

Point du lundi 23 avril

Point du mercredi 25 avril

Point du jeudi 26 avril

Point du vendredi 27 avril

Point du mercredi 2 mai

8 mai : Fin de la grève de la faim.

Sur le cours des 50 otages, près du monument de la Résistance à Nantes, des tracteurs, des caravanes, et même un enclos avec quelques moutons sont installés. Le comité de lutte contre l'aéroport est également présent pour soutenir les deux grévistes.



« Il fallait poursuivre le combat après la manifestation du 24 mars », déclare Marcel Thebault. « Mais là, il y a urgence. Nous devions mettre en place une action de haut niveau ». Réfléchie et préparée depuis plusieurs semaines, cette grève de la faim est selon les deux hommes un moyen efficace. « Le but de cette action est bien de marquer les esprits, de parler du projet d'aéroport et de diffuser l'information. Nous exigeons le gel des expropriations à Notre-Dame des Landes ».

« Mais cette action n'est pas un chantage », précise Marcel Thebault. « Tout est symbolique ici ». Pour ce dernier ainsi que pour Michel Tarin, l'important est de poursuivre le combat et de susciter l'intérêt des politiques jusqu'au 1er, puis 2ème tour des présidentielles. En ne négligeant tout de même pas leur santé, qui leur dictera leur limite. « L'arrêt de la grève dépend aussi de l'avis du comité d'organisation. C'est une décision commune », précise Marcel Thebault.



Jeudi midi, Yann Wehrling (porte-parole de François Bayrou) était sur place pour montrer son soutien aux grévistes. « Le Modem a toujours été très fortement engagé » nous déclare notre interlocuteur. Le PC Vendée a également rendu visite au comité de lutte contre l'aéroport, affirmant son soutien mais prenant ainsi des risques avec le PC 44 qui lui, ne semble pas s'opposer au projet. Du côté des représentants de la mairie ou du PS, il n'y a eu « aucune prise de contact, mis à part l'envoi de policiers pour nous verbaliser ! » selon Marcel Thebault. Entre mercredi soir et jeudi matin, 11 véhicules stationnés près du ''campement'' ont été verbalisés. Au total, on compte 385€ d'amende. « C'est de l'acharnement ridicule », dénonce une des membres du comité.



Vendredi matin, les deux hommes paraissaient en pleine forme : « Hier soir, ça tiraillait un peu. Mais ce matin ça va très bien, nous sommes reposés et prêts à déménager », confie Marcel Thebault avec le sourire. Suite à une demande de rassemblement devant le monument de la Résistance de la part de l'association des anciens combattants, le camp se déplace donc square Jean-Baptiste Daviais. Des animations musicales sont prévues ce samedi. Et dimanche, Eva Joly viendra à la rencontre des grévistes et du comité de lutte.


Marcel Thébault et Michel Tarin, malgré une petite perte de poids, sont toujours en bonne santé. Depuis hier, les grévistes ont été rejoint par Françoise Verchère. La conseillère générale de Loire-Atlantique et co-présidente du CéDpa (collectif d'élu-e-s), a décidé elle aussi d'entamer une grève de la faim. Elle se lance dans cette action pour protester contre "le silence assourdissant" des porteurs du projet de l'aéroport de Notre Dame des Landes.



Pendant la conférence de presse, la commission agricole du PS44 a affirmé qu'elle soutenait officiellement le mouvement, promettant de relancer le débat au sein de leur parti. Ils ont préciser que, même s'ils faisaient toujours campagne pour François Hollande, le Parti Socialiste n'était pas monolitique et qu'ils n'étaient les seuls à être contre la construction du futur aéroport nantais.
Les grévistes de la faim sont confiants, positifs et reste déterminés. Ils réclament toujours la suspension des expropriations tant que tous les recours judiciaires ne seront pas arrivés à terme.
En fin de journée, quatre figures de la lutte du plateau du Larzac sont venus soutenir les grévistes pour 24 heures.


Les quatres représentants de la commission agricole du PS 44.


« Un jour de plus, et toujours en forme ! », ce sont les premiers mots de Marcel Thébault et Michel Tarin entamant leur 9ème jour de grève, en ce matin du jeudi 19 avril.« Nous sommes plus décidés que jamais, et pas prêts de lâcher ! ». Pour Françoise Verchère, ce troisième jour est plus difficile, « mais il faut être patiente et tenir bon », déclare-t-elle.

 Sous le chapiteau, square Jean-Baptiste Daviais à Nantes, comité de soutien, élu(e)s membres du CéDpa, membres du collectif paysans 44, avocat, conseiller juridique et citoyens nantais étaient réunis autour des trois grévistes de la faim. La colère se ressent dans chaque prise de parole des différents intervenants.  



« Une plainte devant la commission européenne est sur le point d'être envoyée, nous informe Erwann Le Moigne, avocat. Tous les recours n'ont pas été épuisés, la lutte continue devant les tribunaux ! ».

Une lettre ouverte à été envoyée lundi dernier aux 10 candidats à l'élection présidentielle, demandant à ces derniers de se prononcer sur la situation. Eva Joly, Nathalie Arthaud, et Nicolas Dupont-Aignan ont d'ors et déjà répondu en apportant leur soutien contre l'aéroport de Notre Dame des Landes.

Hier soir, au meeting de Jean-Marc Ayrault à la Trocardière, une centaine d'opposants ont manifesté. Dans la soirée, José Bové a signalé qu'il viendrait apporter son soutien aux grévistes en milieu de semaine prochaine. Nicolas Hulot a également passé un appel téléphonique hier au comité de lutte.


Au lendemain des élections, quels sont les sentiments et intentions de vote des grévistes de la faim ?

« En étant du Parti de Gauche, je suis un peu déçue du score de Jean-Luc Mélenchon... Quand on est dans la lutte et qu'on soutient un candidat, on a toujours des illusions », me confie Françoise Verchère, aujourd'hui à son 7ème jour de grève. « Mais ce résultat est tout de même satisfaisant, puisque nous ne sommes parti de rien ». L'élue précise que même si l'UMP et le PS s'étonnent des résultats du Front National, « il ne se passe rien pour reconquérir les voix de Marine Le Pen, alors qu'au Front de Gauche, un combat nouveau a été mené et entamé, notamment en proposant de changer la donne économique ».
Pour le second tour, Françoise Verchère est claire : « ici, on ne veut plus de Sarkozy ! ». Et même s'il ne s'agit pas de faire un chèque en blanc au candidat PS, le combat ne semble pas terminé, et les grévistes sont bien décidés à se faire entendre. « François Hollande ne semble pas avoir bien connaissance de ce projet, alors qu'il a Jean-Marc Ayrault comme conseiller. Mais nous sommes aujourd'hui un boulet pour notre député-maire, et le monde paysan est très mobilisé. Nous n'allons pas laisser tranquille les porteurs de ce projet d'aéroport », déclare la conseillère régionale gréviste.
Cet après-midi, des élus régionaux EELV seront présents, de même que Philippe de Grissac, directeur national de la Ligue pour la Protection des Oiseaux. Un point presse est prévu demain à 15h30.


Aujourd'hui, les caméras étaient nombreuses à être braquées sur les grévistes, allités. Michel et Marcel en sont à leur 15ème jour de grève de la faim. « Et nous tiendrons encore », précise Marcel avant de s'interroger : « les décideurs attendent-ils que l'on frôle la mort ? ». Michel, qui déclare être « bien dans son corps et bien dans sa tête » salue l'arrivée de Séverine, une jeune paysanne et boulangère de Bouvron qui rejoint les grévistes dans leur action. Françoise Verchère, quant à elle, a déclaré sortir de la grève de la faim aujourd'hui. « Mon nom finit par ne plus peser ou à jouer en ma défaveur ; pour montrer que tout le collectif d'élus est mobilisé, un autre membre de ce collectif doit me remplacer ». C'est donc Gille Denigot, ancien conseiller général de Loire Atlantique qui a « l'honneur d'apporter son soutien contre ce projet d'aéroport et contre les expropriations ». Celui-ci déclare être « politiquement, psychologiquement et physiquement prêt ».


Séverine (à gauche) et Gilles (à droite), entament une grève de la faim aux côtés de Michel et Marcel

Dès demain à Paris, de nouvelles actions seront mises en place. Des lettres seront en effet déposées dans les QG de François Hollande et Nicolas Sarkozy. Cette lettre demande clairement aux candidats à la présidentielle de prendre position, et exige une rencontre en personne (sachant que le candidat PS sera normalement le 3 mai à Nantes, et que le représentant de l'UMP se trouvera en Vendée le 4 mai).

Les soutiens affluent toujours de toutes parts, et le collectif de paysans 44 appelle aujourd'hui la résistance citoyenne à s'exercer. Il lance également un appel aux communautés religieuses.José Bové devrait arriver en fin d'après-midi vers 17h à Nantes, et passera la nuit aux côtés des quatre grévistes de la faim.



Alors que cette première nuit a été plus difficile pour Gilles et Séverine, qui ont entamé une grève de la faim hier, Marcel et Michel ont quant à eux pris le rythme. « On arrive à bien dormir, et nous sommes toujours aussi déterminés. C'est un gage de poursuite de la lutte ! » affirme Marcel.

Aujourd'hui, la confédération paysanne du Morbihan est sur place. Comme déclaré hier lors du point presse, une délégation est à Paris afin de remettre une lettre aux QG des deux candidats à la présidentielle. Philippe Colin, porte-parole national de la confédération paysanne est à leurs côtés. Ce dernier sera d'ailleurs de passage square Daviais demain, de 9h à 12h.



José Bové, qui a passé la nuit avec les grévistes de la faim, tient à saluer l'action « forte et courageuse des jeûneurs. Ils écrivent une page de ce pays et de cette région », déclare-t-il. « On assiste à un combat inégal entre le pot de terre et le pot de fer ». Selon le député européen, tous sont désormais face à une décision politique. « Toute cette action à un but, souligne-t-il, c'est d'interpeller les candidats et de leur demander de suspendre les expropriations et de reprendre le débat sur les finalités du projet, à la lumière de tous les éléments logiques qui apparaissent aujourd'hui. Il faut parvenir à ouvrir un débat serein, en remettant le droit au cœur de la procédure ». José Bové repartira dans l'après-midi.  


Ce vendredi 27 avril, nous apprenons que Marcel a cessé sa grève de la faim. « Marcel a suivi des recommandations médicales. Et au niveau de sa famille et de ses enfants, la situation devenait compliquée », nous informe Gilles Denigot. « La lettre de Marcel que nous a lue sa femme ce matin était très émouvante, et nous a presque tiré quelques larmes » ajoute Gilles, qui souligne d'ailleurs le « très beau combat de 17 jours » mené par l'ancien gréviste.

C'est Marie Chiron, une finistérienne, qui prend alors la place de Marcel en entamant à son tour une grève de la faim. « La présence de Marie montre que la lutte n'est pas seulement locale », nous précise Gilles. 


« Avec ce 22ème jour de grève, j'entame ma 4ème semaine de jeûne », commence Michel avant de préciser que son « souffle se fait court, et les pas hésitants ». Gilles tient à saluer le courage de cet homme de 64 ans.

Ce matin, on dénombrait donc 5 grévistes : Sandrine, éleveuse en Bretagne de 33 ans, a en effet rejoint le mouvement dimanche. Lors du point presse, Michel annonce, des sanglots dans la voix et les larmes aux yeux, l'arrivée de Robert Chiron, 71 ans, résidant à La Chapelle sur Erdre. « Je suis atteint d'un cancer qui ne va pas en s'améliorant, et cette lutte est peut-être mon dernier combat. Mais je pense à nos enfants, il faut préserver notre terre nourricière ! » déclare le nouvel arrivant avec émotion.



Les grévistes se déclarent fatigués, mais déterminés avant tout, et toujours en attente de réponses qui mettront en sécurité les paysans et leurs terres. Alors que Nicolas Sarkozy s'est prononcé en faveur de l'aéroport de Notre-Dame des Landes, François Hollande a déclaré à Ouest France que « cet aéroport ser[ait] construit à condition que tous les recours aient été épuisés. [Il] demande que l'exploitation des terres puisse continuer pendant l'instruction du dossier ». « François Hollande a ouvert une brêche, mais on attend de sa part qu'il affirme sa position par écrit ! » réagit Gilles Denigot.

Erwann Le Moigne, avocat, était également présent et soulignait le courage des grévistes, et la « grande responsabilité » qu'il avait à défendre leur cause. Actuellement, plusieurs recours ont été déposés (notamment devant le tribunal administratif de Nantes et devant le conseil constitutionnel, qui doit prononcer une réponse avant le 15 juin). Pendant ce temps, le « «rouleau compresseur » des expropriations est toujours présent. « La procédure doit être suspendue, affirme Erwann Le Moigne, car elle est fondée sur du vide ».

Aujourd'hui, un rassemblement du comité de lutte est prévu à La Beaujoire à 16h, pour accueillir François Fillon en meeting à partir de 17h. Demain, une « opération d'envergure » est annoncée, avec une manifestation de prévue à partir de 13h. Le rendez-vous est donné square Daviais. Dès 20h30, des personnalités tels que Joël Labbé (maire de St-Nolff et sénateur du Morbihan), René Louail, François Dufour et Serge Morin viendront soutenir et passer la nuit avec les grévistes de la faim.



 

Le 8 mai, après 28 jours, la grève de la faim s'est terminée. Les militants et agriculteurs ont obtenu gain de cause. Les négociations qui avaient lieu avec les trois représentants de collectivités teritoriales, consernées par la construction du futur aéroport, et le parti socialiste ont abouties à un accord.
Cet accord suspend toutes les procédures d'expropiations qui étaient en cours. Tous les habitants (exploitants et propriètaires) qui possèdent un titre de propriété au moment de la Déclaration d'Utilité Publique (9 février 2008) ne peuvent être expulsés. Ceci, tant que les procédures juridiques engagées à ce jour au Conseil d'Etat, à la Cour de Cassation et au Conseil Constitutionnel ne sont pas épuisées. C'est ce que demandaient les grévistes. Ils signalent qu'un comité de suivi va être formé pour veiller au respect de cet accord.
Le début des éventuels travaux du futur aéroport est donc repoussé à 2 ans, le temps que les procédures juridiques arrivent à leurs terme.

Avez-vous eu l'occasion d'aller à la rencontre du comité de lutte contre l'aéroport à Nantes ? Soutenez-vous leur combat ? Et que pensez-vous de cette grève de la faim ?  

Source : Chloé Martineau

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