Sylviane Vallée, Psychologue du travail à Nantes

MOP Nantes | Victor | Moppé le 02/06/2014 à 09:10 | Mis à jour le 02/06/2014 à 09:11
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Aujourd'hui, nous avons la chance de recevoir Sylviane Vallée, psychologue clinicienne du travail qui a lancé son propre cabinet de consultation dans le centre de Nantes depuis 2013. Elle s'est gentillement prêtée au jeu de questions / réponses et nous en apprend un peu plus sur son métier et sur les risques liés au travail. Découvrez cet riche interview d'une nantaise pas comme les autres. Découvrez égalemement son propre site web : Human & Sens

Comment éviter le stress au travail ?

Le stress est une réaction physiologique normale en situation de détresse, contribuant aux défenses de conservation. Le stress n'est pas une pathologie mais un processus adaptatif de l'organisme, une réponse réactionnelle du travailleur à une situation.

Sylviane Vallée, Psychologue du travail à Nantes


Si le stress aigu ressenti en situation de danger est nécessaire car il nous fait réagir, le stress chronique nous est néfaste car notre système de réponse n'est pas fait pour être stimulé en permanence.

Le stress chronique est la conséquence d'une exposition prolongée et répétée à des situations qui nous font sécréter les hormones du stress. Il est mauvais pour la santé. C'est donc celui-ci qu'il faut combattre.

Comment éviter le stress ? Un certain nombre de points méritent d'être pensés à l'avance. Tout d'abord, apprenez à repérer les signes du stress, réfléchissez à ce qui génère ce stress et cherchez à en comprendre les causes qui peuvent être multiples (surcharge de travail, conflit avec votre manager, manque de ressources pour faire votre travail, objectifs inatteignables, perte de sens, insécurité de l'emploi, etc.). Interrogez-vous sur votre travail et sur votre investissement dans le travail. Il vous faut savoir précisément jusqu'où vous êtes prêt à aller pour votre travail, quelle place vous lui accordez dans votre vie. Fixez-vous des limites et tenez-y-vous. Acceptez de ne pas pouvoir tout faire, vous n'êtes pas superman ! Priorisez vos tâches, acceptez d'en lâcher quelques unes. Ne restez pas seul. Parlez-en à vos collègues, à votre manager et cherchez ensemble des solutions. Refusez la dictature de l'urgence, refusez la dictature du mail. Ne lâchez pas ce que vous êtes en train de faire pour lire le mail qui vient d'arriver dans votre messagerie. Donnez-vous des temps précis dans la journée pour les traiter. Etablissez des règles adaptées à vos objectifs et à vos projets et tenez-y vous. Faites du sport pour libérer les tensions. Même modérée, l'activité physique diminue l’anxiété et améliore la réaction au stress et la qualité du sommeil. Dormez bien et suffisamment. Vous connaissez vos besoin en heures de sommeil, faites le maximum pour vous accorder ce temps, nécessaire à votre organisme. Ne rognez pas sur vos nuits. Entretenez des relations de bonne qualité avec les autres. Ayez d'autres sources de satisfaction que le travail et positivez ! Les personnes stressées ont tendance à assombrir le tableau, à voir la réalité en noir, alors ne vous laissez pas polluer par des pensées négatives et gardez toujours en tête ce qui fait votre valeur ajoutée dans l'équipe.

Quelles sont les causes de la souffrance au travail ?

Les causes de la souffrance au travail sont à rechercher dans l'organisation du travail, c'est à dire dans la façon dont le travail est structuré et organisé au sein de l'entreprise.

Plusieurs transformations survenues dans le monde du travail ces dernières décennies ont eu, et ont encore, un effet délétère sur la santé mentale au travail. Parmi elles, on trouve :

  • Le développement de nouvelles technologies réduisant la frontière vie professionnelle-vie privée et obligeant à une prise de décision dans un délai court
  • Une logique de rentabilité accrue avec des nouvelles contraintes en matière de flexibilité, de coût, de délai
  • L'obsession de la performance
  • L'introduction de méthodes gestionnaires basées sur les résultats chiffrés et les multiples reporting.
  • Une profonde mutation des méthodes de management avec une mise en compétitivité et en concurrence des individus en vue d'une productivité accrue, l'évaluation individualisée des performances qui pousse à la concurrence et aux conduites déloyales, la dictature de l'urgence, le "zéro délai", la chasse aux temps morts, l'instauration d'une précarité subjective pour éviter que le sujet ne se stabilise dans son travail car il y a la certitude qu'un salarié heureux risquerait de s'endormir…
  • Une intensification du travail
  • Un manque d'autonomie
  • Un contrôle possible permanent (via l'informatique)
  • Une externalisation des activités jugées non stratégiques (recours aux prestataires et intérimaires) d'où un affaiblissement des solidarités
  • Un manque de reconnaissance par la hiérarchie et peu de soutien du côté DRH
  • Un contexte économique difficile.
Ce sont tous ces facteurs qui ensemble, ont concouru à la montée en puissance des phénomènes de souffrance au travail.

Burn OUT : comment s'en rendre compte ?

Le Burn out peut être défini comme un épuisement professionnel lié à l'accumulation de stress au travail, causé par l'utilisation excessive de son énergie et de ses ressources, qui provoque un sentiment d'avoir échoué, d'être épuisé ou encore d'être exténué. C'est un épuisement des ressources internes de l'individu et la diminution de son énergie, de sa vitalité et de sa capacité à fonctionner, qui résulte d'un effort soutenu déployé par cet individu pour atteindre un but irréalisable, surdimensionné.

Cette pathologie qui affectait essentiellement les professions d'aide, les soignants, touche aujourd'hui l'ensemble des individus au travail, quelle que soit leur activité.

Il faut savoir que cette pathologie est liée au sur-engagement dans le travail, elle touche donc prioritairement des gens qui s'investissent à fond dans leur travail.

Les personnes engagées sur la voie du burnout présentent un certain nombre d'éléments en commun : ce sont des personnes talentueuses et enthousiastes, surinvesties dans le travail, avec des objectifs élevés, des exigences excessives, une soif d'une reconnaissance personnelle, des horaires de travail démesurés, tardifs, le soir et le week-end, une méconnaissance de leurs propres besoins (sommeil, détente), toute leur énergie est concentrée sur leur travail, lequel prend une place prépondérante au détriment de tout le reste. Si vous vous retrouvez dans ces quelques éléments, réagissez dès maintenant, tant qu'il est encore temps !

Où trouver de l'aide face à la souffrance au travail ?

La première des actions à mener est de consulter :

  • votre médecin du travail (ou médecin de prévention pour les fonctionnaires) afin de l'informer de la situation de travail que vous vivez, il saura vous conseiller. Le médecin du travail étant le conseiller du dirigeant d'entreprise, il pourra, avec votre accord uniquement, intervenir auprès de lui pour dénoncer les dysfonctionnements et agissements inadaptés et/ou contraires à la préservation de la santé des salariés. Il sera alors de la responsabilité de la direction d'entreprise de prendre les mesures nécessaires.
  • Votre médecin généraliste, qui vous suit depuis longtemps et vous connait bien. Il se rendra bien compte que vous allez moins bien. Il pourra juger de la nécessité de vous prescrire un arrêt de travail pour vous sortir de la situation pathogène, vous protéger , et vous permettre de comprendre ce qui vous arrive. Peut-être aurez-vous du mal à accepter cet arrêt de travail, pourtant celui-ci est essentiel pour vous permettre de prendre de la distance avec ce qui vous fait souffrir.
    Il pourra également juger de la nécessité de vous prescrire un traitement médicamenteux et de vous orienter vers un psychologue du travail pour un accompagnement psychologique.
  • Un psychologue du travail qui vous aidera à comprendre la chronologie de la dégradation de votre situation de travail. Ce travail de compréhension est fondamental car il va vous aidera à prendre de la distance par rapport à votre vécu. Il permettra également de comprendre que ce qui vous arrive n'est pas une histoire de fragilité personnelle mais davantage une affaire de conditions de travail qui concernent probablement d'autres salariés. Votre souffrance devient alors une affaire collective qui doit être traitée dans sa globalité de façon collective.
  • Les DP, DS, membres du CHSCT peuvent également vous aider. Il est nécessaire de les informer de la situation vécue. Ils pourront remonter les dysfonctionnements et poser un droit d'alerte s'ils le jugent nécessaire.

Quand consulter un psychologue du travail ?

Un certain nombre de signes doivent alerter et encourager tout salarié à rencontrer un professionnel, psychologue clinicien du travail : le salarié supporte de moins en moins l'ambiance du travail et à de plus en plus de difficultés à se lever le matin pour aller travailler. Il se sent fatigué en permanence et n'arrive pas à récupérer. Il dort mal, ne parvient plus à se détendre, même le week-end, et fait des cauchemars sur le travail. Il se sent irritable, hypersensible, anxieux et a de plus en plus de mal à faire son travail. Les troubles de la mémoire et de la concentration l'obligent à vérifier plusieurs fois de suite son travail de peur de laisser passer des erreurs. Il ne tient plus les objectifs et devient l'objet de critiques face auxquelles il tente de se justifier mais c'est de plus en plus dur. Il se sent seul, pas soutenu, perdu, ne sachant plus quoi faire et la situation va continuer de se dégrader… Il faut réagir avant d'en arriver là.

Il faut consulter un professionnel dès que plusieurs de ces éléments sont présents et en parler avec lui : médecin traitant, médecin du travail, psychologue du travail.

Comment se déroule le premier rendez-vous chez un psychologue ?

L'objectif de la 1ère rencontre permet de comprendre la chronologie de la dégradation de la situation de travail, de repérer l'élément déclencheur de cette dégradation.

Il faut bien comprendre que très souvent le salarié a très bien fonctionné pendant des années, son travail se passait bien et il donnait toute satisfaction à sa hiérarchie. Et puis, brutalement, un jour, sa situation de travail s'est dégradée. Pourquoi ? Comment ? Quels sont les éléments qui ont conduit à cette dégradation ? L'arrivée d'un nouveau manager, un changement de poste, l'utilisation d'un nouveau logiciel, une nouvelle organisation du travail …. ? Ce travail d'analyse avec un professionnel psychologue clinicien du travail est indispensable car il va permettre de comprendre ce qui s'est passé, de donner du sens à ce qui arrive à ce travailleur et de le sortir de la culpabilité. En effet, il faut bien comprendre, que la souffrance au travail est rarement une histoire personnelle mais plutôt une affaire d'organisation du travail qui touche d'autres salariés. D'où l'importance d'analyser le dégradation de la situation de travail de ce salarié, dans cet environnement là, cette entreprise là, et à ce moment là.

Je n'arrive plus à travailler : que dois-je faire ?

Lorsque vous prenez conscience que quelque chose ne va plus, que vous ne parvenez plus à faire votre travail comme vous le faisiez plusieurs mois auparavant, prenez le temps de vous interroger. Que se passe-t'il ? Qu'est-ce qui a changé ces derniers temps ? Quels sont les éléments qui sont venus perturber mon travail ?

  • Faites un historique de la situation sur papier : repérez le moment où la situation de travail a commencé à se dégrader, précisez les faits concrets, les dates de survenue, les éventuels témoins, etc.
  • Prenez rendez-vous avec le médecin du travail et expliquez-lui votre situation. Il est important que le médecin du travail soit au courant des pratiques pouvant mettre à mal la santé des salariés.

La crise influe sur le nombre de malades au travail

Ce n'est pas tant l'influence de la crise sur les individus qui impacte la santé au travail, que les conséquences de la crise sur les entreprises. Les entreprises tentent de résister pour ne pas sombrer et ce faisant, durcissent les conditions de travail, demandent plus aux travailleurs, plus de performance, plus de productivité, plus de rentabilité.

Le climat morose vient noircir le tableau car le marché de l'emploi actuel ne permet pas aux salariés mis à mal de quitter leur emploi pour un autre.

Le médecin du travail est soumis au secret médical. Il pourra donc enquêter pour savoir si d'autres salariés sont également concernés, et faire état de problématiques dans l'entreprise, sans vous nommer.

Sylviane Vallée
Sylviane Vallée

Source : http://www.human-et-sens-conseil.fr/

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