Urbanisme : l'adjoint au maire Alain Robert détaille les enjeux des travaux de la ville de Nantes

MOP Nantes | Aya | Moppé le 04/10/2011 à 11:30 | Mis à jour le 06/10/2011 à 18:06
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Depuis cette année le cœur de la ville de Nantes subit de nombreuses transformations. Les grands travaux en cours devraient durer trois ans.

Urbanisme : l'adjoint au maire Alain Robert détaille les  enjeux des travaux de la ville de Nantes

Impossible de ne pas remarquer tous les chantiers de la ville. Pour comprendre ce qui est en train de se construire à Nantes, MOP Nantes a interrogé l'homme qui est à la manœuvre dans ce dossier : Alain Robert, troisième adjoint au maire de Nantes, chargé de l'urbanisme et du commerce, a accepté de répondre à nos questions.
 
MOP Nantes :  ''Depuis quand êtes vous adjoint au maire de Nantes''
 Alain Robert : ''Je suis adjoint depuis 1989, c'est mon quatrième mandat, comme Jean Marc Ayrault. J'étais d'abord adjoint aux Affaires Sociales pendant deux mandats, adjoint à l'Education à l'Urbanisme et au Commerce depuis 2008. Je suis aussi conseiller général du troisième canton de Nantes qui regroupe à la fois toute l'île de Nantes et le centre ville depuis 1998, enfin j'ai été réélu aux dernières élections en mars 2011.''
 

MOP Nantes :  ''En tant que troisième adjoint en charge de l'urbanisme et du commerce à Nantes, je suppose que vous avez joué un rôle important dans le nouvel aménagement du cœur de ville. Quel a été votre rôle et celui de vos proches collaborateurs?''
 A. R : ''D'une manière générale en tant qu'adjoint à l'urbanisme je suis plus particulièrement tous les projets d'aménagement urbain, d'espace public, ou immobiliers qui sont réalisés sur le secteur du centre ville, qu'ils soient portés par des promoteurs privés, par la ville de Nantes ou bien par Nantes Métropole. Donc politiquement c'est plutôt moi qui suis à la manœuvre dans ces dossiers, même si juridiquement par exemple si on parle d'espace public, la compétence revient à Nantes Métropole.
C’est la communauté d’agglomérations qui va porter juridiquement l'opération. Mais c'est moi qui vais assurer le suivi, le pilotage et l'animation politique autour de ce projet. Et puis le deuxième volet de m mission, c'est qu’en tant qu'adjoint chargé du commerce, je travaille très étroitement avec nos partenaires du commerce en centre ville. C’est une question essentielle puisque toute notre politique vise à rééquilibrer le commerce du centre ville par rapport à celui de la périphérie. Je travaille donc très étroitement avec les commerçants, les associations de commerçants du centre ville et bien évidemment la Chambre de Commerce et d'Industrie. En fait je connais bien le centre ville depuis toujours, je suis l'élu du centre ville.''
 

MOP Nantes :  ''Quels sont les objectifs de toutes ces transformations ?''
 A. R :  '' Nantes a un cœur qui est trop petit et le cœur de ville doit grossir, voilà l'enjeu. Alors quand on dit grossir c'est vraiment la métaphore par rapport à notre corps, et à l'agglomération qui se développe.
Nous souhaitons accueillir 150 000 habitants supplémentaires dans l'agglomération nantaise. Pour ça il faut que le cœur de ville, celui qui fait battre et rythmer la cité, soit encore plus vivant, plus habité qu'il ne l'est aujourd'hui. Voilà l'enjeu : se doter d'un centre ville qui soit à la hauteur d'une agglomération qui va fortement progresser en nombre d'habitants. L'image qu'on a d'une ville dépend avant tout de son centre. C'est le quartier le plus emblématique, celui à partir duquel tout a commencé. A partir du centre ville vous allez retrouver toutes les trames de l'histoire du pays et de l'histoire de votre ville. Entre le quartier moyenâgeux du Bouffay, là où tout à commencé et puis le quartier Graslin qui date du XVIII, les boulevards extérieurs et la ceinture intérieure qui date du XIXème siècle, vous allez trouver des formes d'habitats différentes. Il y a un enjeu d'abord historique et patrimoniale, puisque c'est forcément là que vous allez retrouver les éléments patrimoniaux les plus importants. Il y a ensuite un enjeu évidemment commercial parce que le commerce de centre ville n'est pas le même que le commerce de périphérie. S'il veut survivre il doit toujours se différencier, à la fois on doit pouvoir y trouver des enseignes ultra connues. Très récemment j'ai dû inaugurer l'arrivée des magasins KIABI dans les anciennes Galeries Lafayette Habituellement ils sont situés en périphérie. Mais en même temps c'est très bien qu'il y ait des enseignes comme ça qui drainent du monde, on doit trouver le petit commerce indépendant de proximité qui va proposer ce qu'on ne va trouver nulle part ailleurs : une librairie spécialisée dans la science fiction, un magasin de fringues de rock, on peut trouver de multiples exemples. Et puis troisième éléments les espaces publics : c'est l'endroit ou l'on va se rencontrer quand on donne rendez vous à quelqu'un, à priori c'est quand même plus sympathique de se retrouver sur une terrasse à Nantes, sur une place emblématique dans un espace aménagé ou la voiture a disparue.''
 

MOP Nantes : '' Disparue? Vous voulez dire avec une baisse de la circulation des voitures?''
A.R : ''C’'est quand même plus agréable d'aller à Place Royale ou à Place du Commerce pour y prendre un pot que le long de la route de Vanne non? Ce que je veux dire c'est que c’est un endroit ou l'on a envie de flâner, de se rencontrer, de retrouver des amis. C'est l'endroit aussi de la vie nocturne et de la vie culturelle : le théâtre Graslin, les musées, trop peu de cinéma malheureusement, je le regrette car ils ont tendance à disparaître. C'est donc un lieu culturel où il se passe des choses, un lieu habité. On veut un centre ville habité, pas comme aux États Unis où les centre ville tertiaires sont investis par les junkies, les SDF ….. Évidemment ce n'est pas du tout notre conception de la ville, la nôtre, dans laquelle le centre ville est attractif, est européenne. C'est quand même un lieu symbolique où se concentrent tous les pouvoirs : locaux départementaux, étatiques. Nous avons l’ambition d’un centre ville plus attractif. Et il faut jouer sur tous les tableaux : l'habitat, le commerce, l'hôtellerie, la qualité des espaces publics, la beauté du patrimoine, le traitement des façades, la vie culturelle, l'animation… Notre ambition,  c 'est un centre encore plus grand qu'il n'est aujourd'hui et un endroit qui puisse être apaisé, libéré en grande partie de la circulation de transit qui jusqu'à présent circule encore.''
 

MOP Nantes :  ''Vous dites que vous voulez qu'il y ait plus de personnes qui habitent en centre ville mais en réduisant la circulation automobile, ne craignez vous pas de faire fuir les familles notamment les familles nombreuses ?''
 A. R : ''Non le centre ville n'est pas un quartier qui sera dominé par les familles. Ce n'est pas possible.''
 

MOP Nantes : ''Ce n'est pas voulu vous voulez dire?''
 A. R :  ''Si si, ça serait voulu mais ce n'est pas possible, le seul moyen de garder les familles dans la ville ça serait le logement social, faire du logement social familial.''
 

MOP Nantes : ''Un peu comme ce qui se fait aux Dervallières en ce moment ?''
 A. R : ''Pas uniquement heureusement il serait sinistre d’assimiler le logement social au grandes cités qui ont été construites dans les années 1960.''
 

MOP Nantes : '' Tout ça est en train de changer non?''
 A.R : '' On crée des logements sociaux partout dans la ville de Nantes, dans le cadre du nouveau plan local d'urbanisme. Par contre dans l'hyper-centre c'est beaucoup plus compliqué, puisqu’on est dans un secteur sauvegardé. Le foncier y est extrêmement rare et vous ne pouvez pas sortir un prix au mètre carré équivalent. Normalement un mètre carré coûte pour un logement social 2400 euros TTC maximum. C'est impossible en centre ville, vous allez mettre tellement d'argent qu'il vaut mieux s'éloigner de 500 mètres et en faire 4 pour le même prix. Par contre là ou je m'inscris en faux c'est dans les faubourgs par exemple. Au Champs de Mars où j'habite, nous sommes passés de 4000 à 8000 habitants en l'espace de 15 ans. On a fait beaucoup de logements sociaux, l'école revit, on a crée un square.''
 

MOP Nantes :  ''Si je résume ce que vous venez de dire, la ville a construit beaucoup de logements sociaux dans les faubourgs donc mais pas dans le centre ville ? ''
 A. R : ''Regardez l'île de Nantes, c'est pareil. Cest une nouvelle extension du centre : Madeleine, Champs de Mars, île Gloriette, l'île de Nantes ce sont des extensions du centre et là par contre nous avons une exigence de 25% de logement social et je peux vous dire que les familles vous allez les voir arriver par contre évidemment Place Royale faut pas rêver, voilà.''
 

MOP Nantes  : ''Ça restera donc globalement un quartier jeune, étudiant, et de célibataires fortunés?''
 A. R : ''Pas uniquement vous savez il y a 50% des foyers nantais qui sont déjà composés d'une personne seule. A l'échelle de la ville vous avez une tendance de fond. Le modèle ancien, famille nucléaire : 2 parents, 2 enfants ce n'est maintenant plus le plus courant. Donc évidemment on veut des étudiants, la ville de Nantes a renoué avec son passé étudiant depuis 1967. Nous avons recrée une université qui avait disparue et l'objectif c'est évidemment d'accueillir plus d'étudiants, il y'en a déjà 50 000. La thématique habitat elle est  plus difficile à mettre en œuvre au centre ville mais néanmoins on y arrive. On a lancé une opération de restauration dans le quartier du Bouffay, on a remis en l'équivalent de deux ans 11 immeubles sur le marché on a rouvert entre 110 et 115 logements, qui étaient à l'abandon et condamnés. La thématique habitat est l'un des aspects. Elle est beaucoup plus difficile en effet que dans d'autre quartier parce qu'on est dans un lieu dense mais il n'empêche qu’il ne faut pas la négliger vous avez raison. Il est évident qu' à partir d'une certaine taille les familles iront dans des quartiers un peu moins centraux.''
 

MOP Nantes : ''Où en sont les travaux? Y a -t- il des soucis particuliers, des retards peut être? Que pensent les commerçants de ces travaux? Se plaignent -t- ils des nuisances, d'une perte de clientèle?''
 A. R:  ''Tous les chantiers génèrent des nuisances surtout des chantiers comme ceux là. Les commerçants sont parfaitement tenus au courant de l'évolution des travaux toutes les semaines. Par ailleurs, les commerçants qui sont impactés par des travaux de longues durées sur leur chiffre d'affaire peuvent bénéficier d'une indemnisation de Nantes Métropole.''
 

MOP Nantes :  ''Y a -t- il des retards ?''
 A. R : ''Non il n'y a pas de retard.''
 

Mop Nantes :  ''Est ce que la Mairie a reçu des plaintes concernant les invasions de rats? ''
 A. R :  ''Non là honnêtement vous êtes dans une anecdote marginale qui a pu se produire dans le quartier du Bouffay peut être mais la question n'est pas là.''


MOP Nantes :  ''Que pense les nantais de toutes ces transformations? Avez-vous des retours de l'opinion des habitants à propos du projet de piétonisation. J'ai cru comprendre que vous aviez assisté à une réunion il y a à peine deux semaines, qui traitait notamment de la piétonisation de la place Graslin. Il y aurait eu des polémiques un peu soulevées lors de cette réunion, pourriez-vous m'en dire un peu plus?''
 A. R : ''Oui tout le monde n'est pas d'accord, c'est logique il y a encore des gens qui défendent le tout-voiture. Je pense que ce sont des gens dans une autre époque. C'est dépassé. Dans toute les grandes Métropoles européennes la voiture recule au profit des déplacements doux, c'est à dire à pied, à vélo et en transport en commun. Ce qui fait la force de la ville de Nantes c'est la qualité de ses transports publics. Nous sommes la première ville de France à avoir renoué avec le tramway. A l'époque ça avait fait polémique.  Un maire de gauche, s'était même fait battre à cause de ça. Aujourd'hui le tramway existe dans toute les grandes agglomérations, y compris à Paris. On a aussi développé le busway et demain le chronobus, Nous pensons que les transports public sont le fer de lance d'une politique. On ne peut pas faire un tas de discours sur l'environnement, le protocole de Kyoto, le Grenelle de l'environnement et au moment de passer à l'acte, trouver que la voiture a encore un avenir en ville. Non, il faut très clairement faire en sorte que la part de la voiture diminue. L'objectif de développement urbain a été adopté à l'unanimité de tous les élus des 24 communes de l'agglomération. A partir du moment où vous allez induire des comportements de circulation, des règles de stationnement et bien forcément ça va changer les habitudes.  Ca ne se fera pas sans contradiction et sans heurts. L'important c'est de bien fixer le cap et le cap c'est clairement un centre ville apaisé où la place de la voiture va reculer au profit des modes doux de déplacements''
 
MOP Nantes : ''Et vous n'avez pas l'impression de contraindre les gens à adopter les transports doux? Parfois on a vraiment l'impression qu'il s'agit d'une politique de contrainte. En effet, on a l'impression que les collectivités territoriales veulent obliger les habitants à prendre les transports ''doux'' ou ''vert''. Où est la liberté de choix dans tout ça?''
 A. R : ''Mais notre mission c'est de définir l'intérêt général ! L'intérêt général ce n'est jamais la somme des intérêts particuliers. On ne peut pas penser qu'on peut s'exonérer de réfléchir à l'avenir de notre vie en centre ville et évidemment il faut qu'on change notre comportement. C'est en partie le rôle du politique que d'orienter les choix, de définir les perspectives et de tracer des projets, L'autre partie c'est un comportement citoyen. Et non très clairement non! Nous n’avons pas du tout l'impression de contraindre. Nous pensons l'adhésion progressivement se faire. Il y'a quelques années, je n'utilisais que ma voiture pour me déplacer en ville, aujourd'hui je ne me déplace plus qu'en vélo. Franchement j' y ai beaucoup gagné en temps de travail, en temps de déplacement. Non, on agit pas du tout sur la contrainte. On peut pas d'un côté dire que nos villes ont été défigurées par l'automobile et de l'autre côté ne pas en prendre la mesure. Regardez les problèmes de santé que ça pose! Comment vous pouvez expliquer la recrudescence des phénomènes d'asthme et d'allergie en ville. Regardez à Paris les conséquences d'engorgement automobile! Forte heureusement à Nantes on en est pas là, on respire, on a l'Atlantique. Entre une place Graslin qui accueille aujourd'hui 25 000 automobiles dans un aussi petit espace, et demain une place Graslin qui sera pour l'essentiel libérée de l'automobile avec des terrasses permanentes''
 
MOP Nantes : ''Quand on voit tout ce que fait la ville de Nantes tant au niveau culturel, de sa politique de transport ou de l'habitat, on peut être impressionné par l'ambition de la politique volontariste de la ville. On se demande comment la ville fait elle pour parvenir à débloquer autant de financement, particulièrement en ces temps de crise? On s'interroge aussi sur la répercussion de ces grands travaux sur les contribuables nantais?''
A.R :  ''Pour le moment non il n'y aura pas de répercussions sur les contribuables, ça fait partie du programme pluriannuel d'investissement validé par la ville de Nantes et de Nantes Métropole.''
 
MOP Nantes : ''Oui mais ce qui est surprenant c'est surtout le fait que la ville puisse dépenser autant en période de crise ?''
 A. R:  ''C'est le signe d'une ville dynamique et attractive et puis on espère qu'on y'est quand même un petit peu pour quelque chose. Vous savez les Nantais ont une très bonne opinion de la ville ils sont très heureux de vivre à Nantes.''
 

Nantais êtes vous satisfait de la vie à Nantes?
que pensez vous de tous les chantiers en cours dans la ville?
Comment vivez vous la piétonnisation du coeur de ville?
Partagez vous l'opinion et les décisions prises par la mairie de Nantes?

Crédit photo : nantes.fr
 

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