Pendant près de 70 ans, la sécurité automobile s’est construite autour d’un angle mort. Les voitures ont été conçues, testées et homologuées à partir d’un corps masculin standard, laissant les femmes plus vulnérables en cas d’accident.
L’arrivée des premiers véritables mannequins de crash-test féminins marque un tournant majeur, à la fois scientifique et sociétal.
À retenir
- La sécurité automobile reposait sur un modèle masculin, inadapté aux morphologies féminines.
- Les femmes présentent un risque accru de blessures graves, malgré le port de la ceinture.
- De nouveaux mannequins féminins réalistes changent enfin les règles des crash-tests.
Un biais historique dans la sécurité routière
Depuis les débuts des crash-tests modernes, le mannequin de référence mesure environ 1,77 m pour 77 kg. Il reproduit un homme adulte « moyen ». Ce choix technique, longtemps considéré comme neutre, a eu des conséquences très concrètes.
Les femmes ont en moyenne une taille plus petite, une masse différente, un bassin plus large, et surtout une force musculaire du cou inférieure. Ces écarts modifient profondément la manière dont le corps absorbe un choc frontal ou latéral.
Selon une étude universitaire américaine, les passagères ceinturées présentent environ 73 % de risque supplémentaire d’être grièvement blessées lors d’une collision frontale par rapport aux hommes, à conditions égales. Selon plusieurs analyses relayées par la presse spécialisée, ce sur-risque est directement lié à des dispositifs pensés pour un autre gabarit.
Des mannequins de crash-test vraiment féminins
Face à ce constat, la recherche a fini par combler ce retard. En Europe, des équipes suédoises ont développé SET 50F, un mannequin fondé sur une femme représentative, intégrant un bassin spécifique et un cou plus flexible. Il est déjà utilisé par certains constructeurs et testé par les organismes de notation.
Fin 2025, une étape décisive est franchie aux États-Unis avec THOR-05F. Ce mannequin ne se contente plus d’être une version « réduite » du modèle masculin. Il repose sur une anatomie féminine complète, avec :
- un bassin réaliste,
- un torse et un cou modélisés différemment,
- un nombre de capteurs bien supérieur pour analyser finement les contraintes.
Selon les organismes de recherche impliqués, cette précision ouvre la voie à des données inédites sur les blessures jusqu’ici sous-estimées chez les femmes.
Pourquoi cette innovation change la sécurité routière
L’impact dépasse largement le laboratoire. En intégrant ces mannequins dans les protocoles officiels, les ingénieurs peuvent désormais optimiser les ceintures, airbags, sièges et appuis-tête pour tous les corps.
Certaines blessures, comme les entorses cervicales, les lésions abdominales ou les atteintes du bassin, sont statistiquement plus fréquentes chez les femmes. Les nouveaux tests permettent de les anticiper et de corriger des défauts invisibles avec un mannequin masculin.
Les organismes de notation européens et américains ont annoncé leur intention d’intégrer progressivement ces mannequins féminins dans leurs scénarios. Une évolution qui exercera une pression directe sur l’ensemble des constructeurs.
Ce que montrent les premiers tests concrets
Les essais comparatifs sont parlants. Un siège validé avec un mannequin masculin peut sembler performant. Mais lorsqu’un mannequin féminin est utilisé, on observe souvent :
- un mouvement de tête plus important,
- une ceinture qui remonte vers l’abdomen,
- une sollicitation accrue du cou.
Ces différences révèlent des risques jusque-là invisibles. En ajustant la géométrie des sièges, la tension des ceintures ou le déclenchement des airbags à partir de ces données, il devient possible de réduire l’écart de protection entre femmes et hommes.
Selon plusieurs experts du secteur, cette innovation corrige l’un des biais les plus durables de la sécurité routière moderne. Elle rappelle qu’une technologie dite « neutre » ne l’est jamais vraiment si elle ignore la diversité des corps.